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Cet article a été publié dans la revue Thauma, n° 4, à l’été 2008.


Il est facile d’être convaincu de la singularité qui entoure le gardien de but au sein d’une équipe de football. Il lui revient le pouvoir unique de prendre le ballon dans ses mains, de toucher du doigt ce qu’il est sacrilège aux autres d’attraper de la sorte. Mais cela n’en fait nullement un demi-dieu investi d’une faculté exceptionnelle. Ce droit, en réalité, ne signifie à lui seul aucune souveraineté. Curieux pouvoir, accordé à celui qui est souvent dans la plus grande impuissance : avoir des mains n’est pas d’un grand secours si le tir en face est habile, précis, fortement frappé. Alors le gardien n’est plus qu’un suppliant qui s’humilie à terre ou saute, aussi loin qu’il peut, vers l’inaccessible qu’une divinité s’ingénie à ne mettre qu’à peine hors de sa portée, comme les fruits toujours placés trop haut pour Tantale.

Il a parfois des figures de prière, ou, disons mieux, d’incantation. Car c’est à la magie, plutôt qu’au Dieu lointain, qu’il faut demander l’efficacité immédiate et précise qui s’impose dans ces circonstances. Ce recours ultime de l’équipe a des pouvoirs très indécis. On compte par conséquent sur des tours secrets qu’on se rassure de lui imputer. Il y a une grande part de chance dans son rôle, et l’on croit volontiers qu’un bon gardien est quelqu’un qui sait de temps à autre, et un peu plus souvent que les autres, plier le hasard à son avantage. Il est bien loin de n’être qu’un athlète entraîné, il est cet homme doué d’une légère sorcellerie dont on voit bien qu’elle n’est jamais infaillible, ce qui n’empêche pas d’y croire, comme à toute sorcellerie, dès que le moment est un peu décisif. Il est à la fois celui dont on souhaite la chance et celui qui la donne, il est le gri-gri en personne : comme à Barthez naguère, on baise s’il est ras son crâne ainsi qu’un talisman bénéfique.

Lors du pénalty, il fixe du regard l’adversaire comme s’il tramait de lui jeter un sort et tous se demandent : ses yeux vont-ils le tuer ? L’autre, en face, a la malédiction d’assumer la tâche en apparence la plus facile. La statistique lui est démesurément favorable. Le gardien est comme une offrande qu’on lui fait. Si le sacrifié l’emporte, c’est qu’il a dû faire usage d’une faculté plus qu’humaine, ou qu’une grâce est tombée sur ses épaules. Il se relève héros, on le fait roi comme tous ceux qui ont vaincu les invincibles.

Il n’est donc rien d’étonnant si les gardiens font souvent des carrières singulièrement longues : Lev Yachine était encore dans l’équipe soviétique à la coupe du monde de 1970, il avait quarante et un ans. Leur pouvoir plus important que l’endurance ou la vivacité dure aussi plus longtemps qu’elles. Ce sont des magiciens et des survivants, peut-être même ont-ils quelque rapport à l’immortalité.

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Comme tout être qui a contact avec le sacré, le gardien fait, en plus de cette adoration inquiète, l’objet d’une répulsion. On redoute ce que l’on vénère. Les choses sacrées sont reléguées aux marges ; il faut se retirer loin de la cité, dans la solitude, si l’on veut s’initier à elles. Le domaine du gardien est justement restreint et repoussé aux limites de ce qui est pour les autres le terrain ordinaire. Là où il est, la surface de réparation, le commun des joueurs ne se trouve que dans les instants de crise, favorable ou néfaste. Lui est un être des limites, retenu dans une sorte de cercle magique. S’il passe la ligne, il perd ses pouvoirs et d’un seul coup provoque la terreur de ses coéquipiers. Toucher le ballon alors serait une faute grossière qui lui vaudrait d’être exclu ; cependant ses buts sont ouverts à la plus tranquille des frappes adverses. Tout le monde connaît un frisson indéniable lorsque, dans une fin de match où il faut marquer à tout prix, le gardien monte lui aussi pour opprimer plus encore l’équipe rivale.

C’est un risque immense de sortir ainsi, qui fait de lui, s’il réussit ou s’il échoue, un génie ou un clown — dans ce dernier cas, la répulsion atteint son comble. Yachine, dont on dit qu’il est le plus grand gardien de l’histoire du football, fut l’un des premiers à quitter sa surface et à intervenir parmi les joueurs de champ, tel un second libéro. Il est vrai que le jeu tout entier dépendait de lui : cas rare d’une équipe dont l’impulsion venait du plus lointain arrière, de celui qui ne pourrait jamais participer intégralement à l’occupation du terrain, même en repoussant de si périlleuse façon les limites de son domaine. (Il est remarquable que ce gardien sans égal, plus glorieux footballeur de l’URSS, soit venu d’un empire plus d’une fois frappé d’obsidionalité, replié aux confins de nos pays, marge redoutable, mais d’ici assez mystérieuse pour figurer tantôt l’espoir et tantôt l’aversion, pour être l’objet de légendes contradictoires, horribles ou séduisantes.) Barthez, dans sa jeunesse, allait fréquemment très loin au-delà de ses lignes. Si elles sont talentueuses, un gardien accroît sa renommée par de telles sorties. Mais l’échec de cette audace peut se payer d’une humiliation très sévère, à la mesure du risque encouru. Il a voulu plus que les pouvoirs qui lui étaient donnés. Tout lui est retiré ; son aura est nue. Souvent les gardiens qui font de spectaculaires sorties recueillent une réputation d’excentricité (laquelle ne consiste à rien d’autre qu’à quitter le centre qui vous revient). Il y a de la parade dans ces hardiesses. Et sans doute, nul joueur ne peut être farfelu comme un gardien, parce qu’aucun n’a les mêmes facultés ni le même pouvoir d’en être si soudainement dépouillé.

Il n’est pas rare que celui qui sort soit déjà excentrique dans son domaine. Le gardien, en même temps qu’il est résolument défini par sa situation, qu’il est de tous le plus attaché à sa place, à son lieu propre, est bien plus que les autres celui que les Grecs appelaient l’atopos, le bizarre, l’insaisissable, l’atypique, l’un peu monstrueux aussi, mais littéralement le « hors lieu ». Les Belges ont eu un très grand gardien extravagant, Jean-Marie Pfaff, grâce à qui ils furent finalistes du championnat d’Europe en 1980, demi-finalistes de la coupe du monde en 1986 ; spectaculaire, guignolesque et facétieux, il est resté une vedette populaire en Belgique, où son surnom de Zean-Marie préserve bien sa gloire farcesque, puisqu’il paraît que les clowns parlent ainsi (bonzour les zenfants). Le gardien mexicain Jorge Campos se composait lui-même de fameux habits fluorescents et portait de grands gants palmés de couleur orange ; il jouait aussi beaucoup au pied, hors de ses limites. Un tel costume est comme un gros signe clignotant. Parfois, l’excentricité n’est-elle pas une manière de prévenir le pire, d’indiquer à l’avance, sur soi-même, que dans une si hasardeuse fonction, tout est possible, et le plus réjouissant aussi ?

Personne, sur le terrain, ne s’expose à des ridicules aussi mortifères qu’un gardien. Le poids de la défaite est sur lui, si voulant faire montre de trop de virtuosité, il est l’auteur d’une maladresse grossière. Son pouvoir particulier est aussi une faculté de commettre des bévues mémorables. Une réputation d’infamie le guette pour longtemps : pourtant l’un des meilleurs du monde, le gardien de l’équipe espagnole qui affrontait la France en finale du championnat d’Europe, en 1984, est devenu célèbre pour une seule terrible seconde, donnant son nom au geste de laisser le ballon rouler sous soi alors qu’il semble déjà saisi : Arconada. Tantôt sauveur et tantôt bouffon : souvent, le même homme inclura ces deux versants. Simplement, la fréquence de la première face est plus grande chez certains — et le second aspect ne s’est pas montré en des journées trop cruciales. Mais aucun gardien de renom n’a pu éviter d’être un jour étonnamment malhabile ; Yachine le fut par exemple en 1962 contre la Colombie. La fonction donne les deux possibilités à la fois et elles sont inséparables l’une de l’autre. Le meilleur doit, à tout instant, lutter contre le péril du ridicule, qui est, au même titre que la prouesse salutaire, une virtualité irréductible de son rôle.

La notion de sacré implique une telle ambivalence. Sacer est en latin ce qui ne peut être touché sans être souillé ou sans souiller soi-même. Celui dont le crime est allé contre la religion, devient sacer autant que ce qu’il a témérairement approché. Le sacré s’oppose tout entier au profane, mais en lui coexistent les deux pôles de la souillure et de la sainteté. La gloire et l’indignité s’attachent aux mêmes êtres d’exception. Le sacrifié, le bouc émissaire couvert d’injures et de coups de bâton, humilié jusqu’à faire rire, est aussi celui qui sauve la ville en assumant seul l’expiation. Et peut-être n’est-ce pas anodin si l’aspect sacré du gardien provient de la main, dont toutes les puissances sont ambiguës : elle touche, salit, se salit, effleure, saisit, implore, blesse, rattrape, tue, ou sauve. Souiller, se souiller, c’est l’audace et la malchance d’un être qui a des doigts. Réserver l’usage de la main à un seul homme la rend à son prodige — et si ce personnage en reçoit une gloire, il risque aussi d’être le jouet de cette brûlante disposition, ouverte aux chances les plus extrêmes.

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Toujours menacé d’être le clown dans les mains duquel le ballon glisse, le bouffon catastrophique sortant parmi les huées et les rires et sur qui se reporte le défoulement des désespérés, mais bondissant aussi haut que possible s’il faut arrêter un tir adverse, souvent surpris dans des postures de haut déséquilibre, parfois adepte du tour de force inutile et virtuose, le gardien appartient à la classe des bateleurs, des saltimbanques, des acrobates. Il a d’eux l’agilité céleste et le pouvoir de déclencher le rire. Il a parfois leur allure. Certains, plus petits et plus minces que les autres joueurs, rappellent les arlequins et acrobates de Picasso ; ils peuvent même avoir leur œil grave, car incarner la dernière chance impose une grande solennité, la bouffonnerie étant l’envers où ce maintien austère peut se détendre. Et comme souvent ils sont immobiles, par temps hivernal certains portent un pantalon qui les apparente anecdotiquement aux gymnastes.

Ruslan Nigmatulin, gardien russe, allie au mince gabarit des hommes d’arène un don de s’élever plus loin qu’on ne l’attend (on a pu le voir réaliser d’impressionnants arrêts lors d’un France-Russie amical en 2002). Ne concluons pas d’une telle finesse que tous les gardiens russes ont Nijinski pour modèle inaperçu ou pour inspiration secrète. Yachine était trop grand, trop costaud, pour se conformer vraiment à cet archétype. Mais ses bras avaient l’air géants à force de saisir toujours le plus lointain ballon, comme ceux d’un pantin démoniaque. C’était un maître en métamorphoses, déjà lion par son nom, Lev, mais tantôt panthère, tantôt araignée, selon sa légende d’alors. Le magicien est au-delà des formes, elles ne sont plus pour lui des limites, il s’en empare comme il veut.

De tous les joueurs, le gardien est sans doute le plus animal, félin ou rampant, pieuvre ou oiseau, chien de garde qui dévore les mollets des attaquants, se jette à leurs pieds sur la balle, chat qui s’étire, griffe, et retombe sur ses pattes (quand on dit d’un attaquant qu’il est « le renard des surfaces », on lui attribue la plus humaine des qualités animales, la ruse ; cela ne touche aucunement aux métamorphoses du corps). Peut-être même est-il bien plus près d’être le taureau que le torero, puisque c’est lui qui perd le plus souvent. Or la familiarité des virtuoses de l’équilibre avec les animaux est ancestrale. Arlequin, avant d’amuser mélancoliquement les salles de théâtre, fut au Moyen Âge un démon à face animale, Hellekin, habitant du fond des forêts ; dans la cinquième des Elégies de Duino, dédiée aux saltimbanques de Picasso, Rilke compare l’exercice des apprentis acrobates aux bonds de jeunes animaux qui s’accouplent maladroitement.

Loin des gardiens fluets, danseurs et funambules, d’autres semblent baraqués à l’excès comme des lutteurs de foire ; une fois qu’ils le tiennent ils pressent le ballon entre leurs mains tels les bateleurs énormes qui tordaient devant les badauds des barres de fer dans la rue. Leur domaine n’est pas le trapèze volant, mais, littéralement, le tour de force : Mesdames et Messieurs, venez admirer la Montagne humaine, un colosse comme vous n’en avez jamais vu. Leurs frères animaux seront l’ours ou le molosse. A eux seuls quelques gardiens divers reformeraient presque un cirque avec sa galerie d’êtres extrêmes et ses multiples métiers. Ils sont dissemblables et frères comme le clown balourd et le pitre malicieux et souple, le gros Auguste et l’insaisissable Arlequin.

Les frêles ressemblent d’ailleurs à des voleurs plus qu’à des vigiles. Ils ne sont gardiens qu’étant voleurs. Ce sont les matois, les furtifs qui dérobent la balle aux attaquants, subtilisent le centre à qui devait le recevoir, ou qui, au dernier moment, volent le but au tireur qui le voyait déjà inscrit et croyait bien le mériter. Une agilité si mercurielle est bien agaçante : Hermès, dieu des pickpockets, des resquilleurs et de la bohême, est le patron de ceux-là. D’autres sont plutôt des cerbères qui disent à l’adversaire : toi et ton ballon, vous n’entrerez pas ici. Ils usent la résistance de ceux qui patientent à leur porte, sont toujours là si l’on manigance de se frayer vers leur but une voie inattendue. Bien sûr, le même gardien alternera les deux aspects ; mais peut-être l’un domine-t-il toujours en chacun. Les meilleurs, maîtres en métamorphoses, iront, autant que possible, au-delà de leur style immédiat : par une autorité supérieure, le danseur donnera l’impression d’avoir doublé sa carrure (ainsi lit-on, dans L’Iliade, que lorsqu’il prenait la parole Ulysse d’un coup semblait plus grand qu’Ajax), le vigile élèvera au-dessus de tout le monde sa masse considérablement plus lourde que l’air, ou encore, c’est une allure insignifiante, un gabarit d’homme moyen, qui deviendra précisément une matière plastique recevant la forme désirée au moment opportun.

Voleur ou justicier, ce cirque disparate est toujours exhibition de prouesses. Un poète du dix-neuvième siècle, Théodore de Banville, disait de l’acrobate : « c’est dans l’impossible qu’il habite. » La tâche du gardien de but est d’accomplir l’impossible qu’on n’ose même plus attendre. Pelé aurait dit un jour quelque chose qui ressemble à ceci : « j’ai marqué un but magnifique, mais Yachine l’a arrêté. » On ne peut mieux exprimer la magie de cette voltige. Le tir est si magistral qu’on le voit déjà à l’intérieur. Il semble que le gardien ressorte le ballon des filets et annule par quelque pouvoir surhumain ce qui a eu lieu.

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Une telle puissance doit bien détenir aussi des affinités secrètes avec la mort. L’équipe survit par cette magie, renaît si on la croyait morte. Les royaumes de l’au-delà ont toujours eu leurs portes et leurs gardiens. Être le dernier rempart, c’est avoir entre ses mains la vie et la mort dans le monde temporaire du jeu. Ultime et dépouillé, le gardien de but a pour domaine le quitte ou double, l’imprévisible et l’irréversible. Après lui, tout est perdu ; tandis que les autres joueurs peuvent toujours se dire qu’il reste derrière eux quelqu’un pour rattraper la balle qu’ils ont laissé partir. Peut-être n’est-ce pas seulement une mort métaphorique. En mimant les mythes les jeux peuvent rejoindre leur gravité : quand Schumacher, en 1982, a laissé Battiston pour mort après l’avoir heurté, sans recevoir nulle sanction et avec une indifférence terrifiante, comme s’il n’avait qu’accompli sa tâche, il a manifesté une relation inscrite au plus profond de la nature du gardien de but.

Familier des saltimbanques, le gardien l’est aussi de la mort. Cerbère, il se tient à son seuil ; Hermès, il va d’elle à la vie. Derrière le colosse qui barre le chemin, il y a de l’inaccessible auquel il a part plus que nous. Le corps élastique et mince à l’extrême semble se faufiler dans d’invisibles chas d’aiguilles, vers des mondes ouverts à lui seul. L’agilité du dieu bohême le désigne pour être le passeur, le conducteur d’âmes, celui qui se glisse là où justement le passage est le plus ardu, entre les vivants et les morts. Être souple est pouvoir aller où les autres ne vont pas ; le bond hyperbolique où l’on se joue de la pesanteur est lien du ciel et de la terre. Toujours vêtu de noir, Yachine fut peut-être le plus près de se connaître psychopompe.

Avoir rapport à la mort, c’est pouvoir la retenir ou la provoquer. Au cirque, des cataclysmes burlesques surgissent des gestes malhabiles du clown pataud, l’Auguste. Celui-ci rappelle un type de personnage présent dans le fonds immémorial des mythologies, dont la conduite ridicule, instituant par maladresse le désordre, est à l’origine d’une mort, ou de la mort elle-même. Souvent, dans les récits archaïques, les hommes perdent l’immortalité par la faute d’un étourdi. A cette lignée d’histrions capitaux le joker des jeux de cartes pourrait aussi appartenir, figure hors ligne qui brouille et complète les combinaisons d’une manière libre et presque folle. Même involontairement, ce qui apporte la mort est sacré comme ce qui en sauve. Et justement, d’autres bouffons, naïfs ou malicieux, sont ailleurs les sauveurs, les bons génies qui malgré leur balourdise rétablissent l’ordre bouleversé par un maléfice initial. On riait d’eux, voici qu’on acclame leur don surnaturel. Ce salut tient du prodige équilibriste. Charlot, par exemple, mêle merveilleusement la plus gracieuse acrobatie et la maladresse comique, mouvement double qui se porte toujours au bord de la catastrophe et s’en sauve à chaque fois (qu’on songe aux Temps modernes et à la scène de patinage dans le grand magasin). Voilà les faces du saltimbanque. Acrobate, le gardien renverse le désastre que clown il a introduit ; mais c’est par la même faculté sacrée de contact avec l’irrévocable à son entrée dans le monde.

De là vient aussi la part d’immortalité qui semble échoir au gardien. Pour être en puissance de la mort ou du salut, il faut être soi-même au-delà de la vie ordinaire. On demande à la magie d’aller contre la mort, mais qui peut cela est de plain-pied avec celle-ci, ne la laisse plus s’emparer de lui à tout instant. Faire face à la mort, la retenir quelquefois, est atteindre à ce peu d’immortalité qui permet de prolonger sa carrière magique. Peu importe si le gardien met peu de temps à redevenir mortel, dès qu’il n’habite plus la légende de sa fonction. Car avec la rêverie dont il reçoit tant de prestiges, apparaît ce qui la libère et l’appelle : la mémoire invisible où le sport hérite de quelques traits mythiques qui peuvent, s’ils sont aperçus, rendre à sa signification un peu de l’ampleur habituellement réservée aux plus matériels de ses enjeux.

Maël Renouard

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