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Cet article a été publié dans La Polygraphe, n° 27-29, au printemps 2003.

I

Un voyage à travers la nuit, au bout de la nuit, comment ne serait-il pas une navigation ? La mer, la haute mer, s’est apparentée à la nuit. « Les Orientaux n’y voient que le gouffre amer, la nuit de l’abîme. Dans toutes les anciennes langues, de l’Inde à l’Irlande, le nom de la mer a pour synonyme ou analogue le désert et la nuit (1). » En Grèce, le grand large inconnu, pontos, la mer immense où l’on perd de vue les rivages, est semblable au Tartare, masse de ténèbres brumeuses (2). Tous deux forment un chasma, un gouffre, un abîme. La nuit est la mer, justement parce qu’elle est l’indistinction du ciel et de la mer. La tempête est noire, les vents mauvais sont les fils de la nuit. Mais la nuit-mer est franchissable par la grâce de points de lumière disposés dans le ciel. Même le jour au grand large est une nuit si l’on s’y aventure à l’aveugle ; en revanche la nuit semée d’étoiles lisibles est comme un autre jour. « Ils allaient comme les yeux fermés et dans la nuit », dit Michelet d’anciens héros de la mer, ignorants du ciel, qui n’ont pas surmonté le cabotage sans angoisse. Les navigateurs ne pourraient pas se tracer un chemin prévisible et garant d’une destination sur l’étendue indifférenciée de la mer, la nuit, si les étoiles ne leur offraient des repères. Ils conjecturent la route d’après les astres ; tous ceux qui suivent un chemin long et solitaire font ainsi. La route du navire est déjà tracée par les étoiles. Elles frayent à travers le chaos un chemin possible. Sans elles pontos serait intraversable, la nuit en mer resterait la pénombre absolue et la déroute des marins à jamais. Calypso ordonne à Ulysse de naviguer au grand large en gardant l’Ourse à sa main gauche ; la nuit il tient la barre en fixant les constellations de ses yeux qui ne tombent pas de sommeil. La présence même de ces chemins indiqués dans le ciel est une faveur des dieux. C’est Thétis, divinité de la mer, qui apporte avec elle le principe de l’orientation, poros, grâce auquel les marins peuvent sur l’océan s’ouvrir un passage à travers des voies différenciées. « Il vous a donné les étoiles pour guides dans les ténèbres de la terre et de la mer », est-il dit de Dieu dans le Coran (sourate VI, 97).

Mais qu’arrive-t-il si les repères célestes sont absents de la nuit ? Ce que chante la « Chanson des gardes suisses » de 93, placée en exergue au Voyage, c’est le désarroi d’une orientation qui ne peut se fonder sur aucune étoile.

Notre vie est un voyage

Dans l’hiver et dans la Nuit,

Nous cherchons notre passage

Dans le Ciel où rien ne luit.

La nuit étoilée n’est plus la nuit-chaos ; elle est la nuit navigable. En un sens elle n’est plus strictement la nuit. Le Voyage sera donc une traversée au cœur de la vraie nuit, la nuit désorientée où le navire aveugle cherche en vain son cap, broyé dans un tohu-bohu de tempêtes. Même le rivage n’est pas un rempart contre la nuit. Le cabotage ne nous délivre pas des ténèbres du grand large. La terre approchée dans la nuit ne brille pas des feux du balisage qui semblent d’autres étoiles, petites étoiles électriques du rivage elles aussi favorables à la route des marins. La nuit en mer, c’est la mélasse. « Nous devions longer la côte et si lourdement, qu’on semblait progresser dans la mélasse. Mélasse aussi le ciel au-dessus du bordage, rien qu’un emplâtre noir et fondu que je guignais avec envie (3). » Car cette côte est l’Afrique, continent noir et terre de ténèbres. Bientôt quelques lanternes brilleront sur le rivage. Mais c’est un homme-ombre, homme d’Afrique dont les traits se fondent dans la nuit, qui permet à Bardamu de fuir l’Amiral-Bragueton et de retrouver la terre. L’épisode africain témoigne d’une vive influence de Conrad sur Céline, surtout de Heart of Darkness. « Voyage », en anglais, possède un sens maritime avant tout et ne se dit des périples terrestres que par image.

Et même si des balises sont visibles, elles ne semblent pas sauver ici les marins de la nuit et de la perdition. Les feux rouges et verts, qui indiquent le tracé des chenaux dans les voies navigables et à l’entrée des ports, emmènent les bateaux vers la nuit. Ces lumières conduisent à l’absence de lumière. Par une fenêtre, à Rancy, Bardamu aperçoit un défilé fantastique de bateaux sur la Seine, comme aimantés vers leur perte par un chemin de lumières : « plus loin, bien plus loin que les fortifications, des files et des rangées de lumignons dispersés sur tout le large de l’ombre comme des clous, pour tendre l’oubli sur la ville, et d’autres petites lumières encore qui scintillent parmi des vertes, qui clignent, des rouges, toujours des bateaux et des bateaux encore, toute une escadre venue là de partout pour attendre, tremblante, que s’ouvrent derrière la Tour les grandes portes de la Nuit (4). » C’est comme une écluse immense donnant sur la pénombre. Le phare qui « écarquille la nuit », au Havre, éclaire les passants et les éblouit mieux qu’il ne sauve les navires du naufrage : phare paradoxal dont le faisceau se détourne de la mer. Dans Normance, un bombardement transforme la ville en navire malmené dans la tempête. « Les jardins roulent houlent encore dehors… le couloir doit aussi houler… les murs tanguent plus tant… (5) » Le plancher vogue… tout vogue !… « Toute la girandole ondule entre les étoiles… on voit les étoiles dans le jonquille… le ciel est en mer de jonquille… » Il y a le feu dans le ciel. Partout des lumières : petits vers luisants de toutes les couleurs, « lucioles voltigeantes violettes… (6) » Mais ce ne sont pas des étoiles semées dans le ciel pour nous guider. Ce firmament désordonné n’oriente pas, c’est notre déroute. Les repères n’existent plus, on dirait que le soleil se lève à l’ouest… Aucune navigation réglée n’est possible sous un ciel pareil. Les étoiles chaotiques fusent de partout et les flammes nous tombent dessus. Les astres qui devaient tracer des chemins à travers le tumulte de la nuit embrasent l’océan dans une autre tempête. « Tout Paris en mer de feu ! (7) » La lumière ne donne pas ici le jour où l’on peut s’orienter. Si le chaos marin se confond avec la nuit, ce feu-là qui nous égare et met le monde sens dessus dessous relève encore des ténèbres.

Mais le navire n’est pas seulement allié à la noirceur, à cette nuit si vaste qu’elle peut s’emparer du feu éblouissant. Un voyage au bout de la nuit nous promet aussi une sortie de la nuit. Une aube se lève quand le Voyage se termine : « l’écluse commence à pivoter lentement sur la fin de la nuit (8). » Fin de la nuit astronomique, mais peut-être aussi de la nuit figurée qui règne même dans le soleil parce qu’elle concerne la vie entière. Et c’est encore un bateau qui nous emporte alors vers autre chose, autre chose qui n’est plus la nuit si vraiment nous sommes parvenus au bout de celle-ci. Le livre nous a conduits à ce seuil. Il est temps de tourner la page de la nuit ; ce sont les toutes dernières lignes du roman. « De loin, le remorqueur a sifflé ; son appel a passé le pont, encore une arche, une autre, l’écluse, un autre pont, loin, plus loin… Il appelait vers lui toutes les péniches du fleuve toutes, et la ville entière, et le ciel et la campagne, et nous, tout qu’il emmenait, la Seine aussi, tout, qu’on n’en parle plus (9). » Le remorqueur enchante comme le joueur de flûte du conte ; il tire le monde entier dans son sillage. Des bateaux nous menaient à travers la nuit mais c’est un bateau qui nous en délivre. Céline n’ignore pas tout ce que les navires recèlent d’évasion. En eux cohabitent le sordide et le rêve, comme dans l’écriture de Céline. Le bateau, « ça fait travailler l’imagination », dirait-il lui-même ; en même temps ça nous traîne dans les arrière-ports, les bordels, les colonies. « Si l’on songe, après tout, que le bateau, c’est un morceau flottant d’espace, un lieu sans lieu, qui vit par lui-même, qui est fermé sur soi et qui est livré en même temps à l’infini de la mer et qui, de port en port, de bordée en bordée, de maison close en maison close, va jusqu’aux colonies chercher ce qu’elles recèlent de plus précieux en leurs jardins, vous comprendrez pourquoi la bateau a été pour notre civilisation, depuis le XVIè siècle jusqu’à nos jours, à la fois non seulement, bien sûr, le plus grand instrument de développement économique (ce n’est pas de cela que je parle aujourd’hui), mais la plus grande réserve d’imagination. (…) Dans les civilisations sans bateaux les rêves se tarissent, l’espionnage y remplace l’aventure, et la police, les corsaires (10). » C’est sur le bateau que nous passons dans la nuit, mais c’est grâce à lui que nous pourrons nous en évader en rejoignant les rêves. Par d’autres navires nous échapperons à notre chemin sans lumière. Car il y en a plusieurs et tous ne reçoivent pas les mêmes rôles à tenir. Voiliers, cargos, canots, galères, yachts, péniches, pilotes, remorqueurs, bricks, terre-neuvas, trois-mâts, bateaux-lavoirs, barques, tout un catalogue de navires est capable d’exprimer les domaines extrêmes de l’expérience, le plus noir et le plus radieux. Souvent les personnages de Céline sont très savants en la matière : « je m’y connais moi en navires… (11) » Les rafiots nous enfoncent dans le tangage et la suie de la vie réelle, sa triste tempête comme une nuit qui n’en finit pas ; d’autres, plus beaux et plus inaccessibles, aimantent la rêverie vers un jour de bonheur, de grâce, ou de délire. La navigation est l’image la plus évidente des voyages dans la nuit que sont les récits de Céline ; mais la seule échappée hors de cette nuit qui colle au visage, hors de la nuit toujours là qu’on est forcé de traverser, ce sont des bateaux qui l’ouvriront. Dans les Entretiens avec le professeur Y, Céline affirme qu’il est un auteur lyrique et justement le lyrisme a pour lui partie liée à la mer. Mais le lien ne saute pas aux yeux du professeur Y, alias Colonel Réséda : « le lyrisme et la mer, quel rapport ?… je vais pas tout vous expliquer, Colonel ! il me faudrait des heures !… (12) » Le style lyrique de Céline, où le sordide et le sublime passent constamment l’un dans l’autre, est ambigu comme la signification de la mer qui sera tantôt la nuit invivable, tantôt la plus efficace ressource de l’évasion.

II

Le navire perdu dans le chaos de l’océan, le navire qui ne tient pas la mer, dont la coque rouille et menace de faire eau, c’est le rafiot. Et c’est lui, le bateau du voyage de misère dans la nuit. L’Amiral-Bragueton est le premier rafiot de Céline. Rafiot pour sûr : il est si vieux qu’on a préféré ôter la plaque indiquant l’année de sa construction et les couches accumulées de peinture lui ont fait comme une seconde coque. A son bord s’accomplit le voyage vers la Bambola-Bragamance. Les enragés du rêve colonial, déjà lessivés par la moiteur et le mal de mer, y ont recomposé leur petite société : le rafiot est une communauté, une image plus dure de la communauté terrestre. Si dans la vie courante cent personnes aimeraient bien vous tuer chaque jour (ceux devant qui vous êtes dans la queue au métro, ceux qui passent devant votre maison et qui n’en ont pas), il faut avouer que « sur le bateau ça se discerne mieux cette presse, alors c’est plus gênant ». Et entre tous, il y a de pauvres types qui font singulièrement l’objet de ces haines absurdes. Bardamu devient soudain le passager infâme, « la honte du genre humain qu’on signale partout au long des siècles », insaisissable sur terre mais que les circonstances singulières du bord ont permis de coincer enfin. On le soupçonne de tout, on veut le jeter par-dessus bord, il est Jonas — et cependant il n’est même pas responsable d’une perdition. Le sermon du Père Mapple, au début de Moby Dick, trace le portrait d’un Jonas très semblable à Bardamu, percé à jour dès le port de Jaffa par un capitaine qui sait dépister le crime sur les traits d’un passager ; comme ceux qui partent refaire leur vie dans les colonies d’outre-mer, Jonas veut s’embarquer loin de la terre de Dieu, vers Tarsis que l’on présume être Cadix au seuil de l’Atlantique. En Bardamu le bord a élu son bouc émissaire ; le séjour des navires en exacerbe la recherche. « Un sacrifice ! J’allais y passer. » Une nouvelle de Céline, Secrets dans l’île, décrit un lynchage atroce dans une île bretonne. Bardamu y échappe en rusant à la manière de Leibniz. On raconte que celui-ci, pris dans une tempête en Adriatique, sortit un chapelet et fit semblant de prier (13) : s’il ne donnait pas quelques gages de piété l’étranger risquait bien de passer par-dessus bord ; Jonas en fuyant Dieu avait attiré la tempête sur le navire qui l’accueillait. Bardamu retrouve le subterfuge : il se sauve en proclamant son amour de la France. On ne lance point à la mer un homme qui crie : « Vive la France ! » avec tant de conviction et c’est la seule fois où la France lui sauve la vie, d’habitude c’était plutôt le contraire. Ce Jonas n’était la cause d’aucune bourrasque. Mais son voyage, voué à la nuit, à la mélasse même s’il fait jour, est condamné simultanément à se poursuivre toujours dans la tempête même lorsqu’il fait beau. Alors, au milieu de la nuit de chaos et de tempête qui est l’univers du Voyage, nuit sans étoiles et sans chemin, la recherche du Jonas responsable n’a aucune raison de cesser.

Dans la traversée de la nuit il y a des hommes autour de soi. Et le navire est une communauté. Pour autant ceux qu’il transporte dans leur voyage nocturne n’abandonnent pas la solitude. Solitude du proscrit, Jonas-Bardamu qu’on rêve d’envoyer à l’eau. Solitude de l’anarchiste, ou pour le moins de l’homme libre qui ne s’accommode pas de l’esclavage confortable, agrémenté de prémices démocratiques et de garanties sociales, offert à bord de l’Infanta Colombitta — galère du Roi d’Espagne qui emporte Bardamu délirant, perdu au fond de la jungle africaine, dans une ballade fantastique vers New York. Les rameurs ses compagnons, « sublime avantage, on les renvoyait jamais de la galère et même que le Roi leur avait promis quand ils auraient soixante et deux ans d’âge une espèce de petite retraite. Cette perspective les rendait heureux, ça leur donnait de quoi rêver et le dimanche pour se sentir libres, au surplus, ils jouaient à voter (14) ». Galériens presque affranchis qui rappellent les rameurs des pentékontores achéennes, traités en hommes libres et déjà en citoyens grecs, comme devait l’être l’équipage d’Ulysse : le travail de la rame ne devint terrible que dans les galères modernes où l’on croyait devoir mesurer l’efficacité à la souffrance (« on ne saurait tirer beaucoup de service des galères qui ne sont composées que de gens de liberté », disait Colbert) (15). Les bateaux ont parfois été la scène fermée d’une association équitable. Ils ont donné l’image réduite d’une communauté s’organisant selon des principes apparentés à la démocratie. Bardamu s’arrache à ces illusions qui selon lui détournent les yeux de la peine et de l’enfermement du bord, et portent à se satisfaire d’une servitude plus sournoise puisqu’elle inclut quelques concessions à l’aisance et à l’exercice de droits civiques ; pour un Céline la vie réelle n’est pas moins jeu de dupes que cette galère allégorique et les véritables gens de liberté ne s’engagent pas de leur plein gré dans un tel équipage.

Le navire est un lieu politique ; or la politique n’est pas innocente de la nuit. A la fête foraine des Batignolles, Bardamu, Sophie, Robinson et Madelon se feront photographier sur la passerelle en carton « d’un supposé navire La Belle-France… (16) » L’aventure coloniale, c’est par excellence la politique embarquée sur la mer, dans des armadas de rafiots enfiévrés ; c’est, comme chez Joseph Conrad, l’Occident délaissant les quais de la mesure et de la clarté pour aller rejoindre sa noirceur intime à travers un océan malsain. La guerre aussi est une drôle de navigation. Le Stand des Nations, baraque de tir au long des berges, entre Longchamp et Saint-Cloud, est dans le vent comme un bateau aux voiles folles, prêt à rompre sa dernière amarre (17) : l’Europe est ce navire ivre qui a mis le cap sur un grand large exaltant et s’est perdu dans la mer nocturne de la guerre. Les équipages républicains refusent de voir l’horreur de ces mers ; ils tirent gloire d’un régime politique bien ordonné qui les précipite en vérité dans une nuit périlleuse ; le Progrès et la Raison, belles paroles qui justifient les combats et les navigations conquérantes, dissimulent à l’homme blanc son ombre intérieure.

L’Amiral-Bragueton et l’Infanta Colombitta sont de petits mondes où les caractères de la communauté invivable apparaissent grossis. Au miroir du premier la société est une cohabitation de haines anonymes. Une violence absurde n’attend que de s’y abattre sur tout individu suspect de n’être pas à la ressemblance des autres. Le second navire reproduit une communauté politique où les vertus dormitives de la démocratie adoucissent l’esclavage volontaire en assurant son charme : tranquillité non moins soutenable pour Bardamu que l’acharnement contre lui des fonctionnaires coloniaux. Sur ces bateaux la société n’est qu’une maladie collective. A bord de l’Amiral, « ce n’était plus un voyage, c’était une espèce de maladie (18) ». Et quel autre lieu que le rafiot, qui n’avance pas, qui se traîne d’un roulis à l’autre, favoriserait comme lui cette « nausée de Céline » dont a parlé Jean-Pierre Richard ? Le mal de mer est une face privilégiée de ces écœurements. Quand Ferdinand et ses parents traversent la Manche, ils subissent une traversée épique où un peu de houle, alliée à la disparition des côtes, force chaque passager à rendre son repas au pied des autres. Dans le rafiot et la galère, la condition des hommes est « nauséeuse (19) » et l’on y guetterait vainement le jour ; le mal de mer gâte le rapport humain dans la nuit partagée.

Mais lorsqu’ils mettent le pied à terre ce sont d’autres navigations qui attendent les personnages de Céline. Les petites communautés sur la terre sont encore des bateaux ; une maison est un bateau, celle des Henrouille par exemple. « Dès qu’on s’arrêtait pour entendre les choses du monde on se sentait chez eux comme dans un bateau, une espèce de bateau qui irait d’une crainte à l’autre (20). » Un hôtel aussi est un bateau, un rafiot reconnaissable au délabrement de sa coque. Les clients, « c’est en douce qu’ils voyagent sur la vie d’un jour à l’autre sans se faire remarquer, dans l’hôtel comme dans un bateau qui serait pourri un peu et puis plein de trous et qu’on le saurait (21) ». Ils essaient de ne pas se faire remarquer des autres et c’est pourquoi ils finissent par acquérir les bonnes manières « comme les officiers dans la marine de guerre ». Une telle communauté n’est rien de plus qu’une coexistence de solitudes ; les bonnes manières, en contenant les fièvres nées de la promiscuité du bord, préservent chacune de ces existences monadiques de l’inquisition et de la violence des autres ; elles n’atténuent pas l’isolement mais le confortent. Le voyage au bout de la nuit s’accomplit dans la solitude, et cependant il est une expérience partagée par beaucoup : être dans la même galère, pour Céline, n’implique pas de rompre l’isolement par la fraternité.

Le langage de l’errance emprunte beaucoup à la mer. Le Voyage au bout de la nuit est une navigation sur la terre. La nuit n’est pas l’inverse du jour, mais un domaine plus vaste qui le recouvre aussi, et de même, la mer et ses images s’étendent sur la terre, leur royaume s’étend comme celui de la nuit et le voyageur-au-bout-de-la-nuit demeure un marin. Une déambulation nocturne, vers une destination vague, finit par un accostage : « enfin, nous abordâmes, après bien des hésitations, vers le milieu de la nuit, aux remblais bouffis de ténèbres de ce bastion de Bicêtre… (22) » Ferdinand, errant après la mort de des Pereires, attrape le mal de mer en voulant manger au comptoir d’un café un œuf dur qui ne passe pas (23). Quand les affaires de sa famille s’arrangent, il l’exprime par une image de mer : « le vent remontait dans les voiles après la terrible pénurie (24). » Avec des Pereires les cotisations qui rentrent sont un grand beau temps sur la mer : « On avait un vent magnifique ! C’était incroyable comme succès !… (25) » Mais peu après les inventeurs floués s’attaquent à la boutique comme s’ils allaient à l’abordage d’un navire, « ils se démembrent pour s’agripper mieux au timon… sur la carène… (26) » La cohue à l’Exposition coloniale est un détroit pénible où s’engouffre un océan de chapeaux et de manteaux, la foule est une houle dont il faut s’extraire : « d’un remous à l’autre on a vogué vers la sortie (27). » Plus tard, Céline forgera le verbe « houler » que l’on rencontre souvent dans ses derniers textes : ce qui « houle » possède à la fois le mouvement de la mer et celui du navire qui roule. La nuit marine, où nous courons, fuyons, « houlons », ne cesse pas de nous emporter, elle se confond avec le temps lui-même, l’océan où nous voguons est le temps ; le passage des années nous éloigne d’un rivage. « Elle s’éloignait au passé notre trentaine sur des rives coriaces et pauvrement regrettées. C’était même pas la peine de se retourner pour les reconnaître les rives. On n’avait pas perdu grand-chose en vieillissant (28). » Le voyage au bout de la nuit nous fait traverser le temps, mais pour aborder où ? L’âge nous éloigne des côtes et nous égare en pleine mer.

Ces images sont partout. Les personnages de Céline ont l’esprit envahi par les navires et l’on a vu qu’ils les connaissent bien. Ils ne pensent qu’à ça, ils en voient partout, et bientôt cette obsession ne se sépare plus d’une autre : « Je voyais plus que des bites, des culs, des bateaux, des voiles… (29) » Le corps d’une femme recèle des voluptés navales : Sophie, « trois-mâts d’allégresse tendre, en route pour l’Infini… (30) » Au Tarapout, cinéma où Bardamu assume le rôle provisoire du Pacha dans les intermèdes grivois, les danseuses anglaises tortillent implacablement des fesses « avec cette énergie de race un peu ennuyeuse, cette continuité intransigeante qu’ont les bateaux en route, les étraves, dans leur labeur infini au long des océans… (31) » Le Tarapout, pour Bardamu, est d’ailleurs une escale, une sorte d’escale interdite et sournoise (32). Tout rappelle que l’aventure célinienne est une navigation. La vie terrestre se raconte toujours dans l’analogie navale et l’on y rencontre des bateaux, des bateaux dessinés, des bateaux miniatures, des bateaux réels ; souvent ceux-ci forment un décor ou un spectacle : on scrute leurs manœuvres et leurs naufrages, au bord de la Seine, au Havre, à Dieppe. Ils nous entourent, ils sont notre paysage et notre obsession : nous sommes embarqués, c’est sûr, mais pour une traversée nocturne, et cette nuit nous malmène sur des embarcations qui ne tiennent pas très fermement la mer.

III

Ce qui montre que le voyage est une navigation, ce sont paradoxalement les péniches : navires qui ne naviguent pas, qui ne traversent pas la mer de la nuit. Elles composent souvent le décor en retrait des romans de Céline. Elles sommeillent au loin, sur le fleuve, retenues dans la masse des eaux noires. Il est vrai que toutes ne connaissent pas le même sort : les unes servent au transport de marchandises sur la Seine, les autres, amarrées pour toujours à la berge, sont devenues des habitations confortables. La péniche devenue maison, c’est le bateau qui ne s’en va jamais. Quels départs peut-on en attendre ? Ceux qui y vivent n’ont aucune part au voyage au bout de la nuit. Bardamu, Robinson et Madelon rencontrent près de Toulouse l’un de ces navires à demeure (33). C’est une belle péniche d’où provient une musique de fête, un air d’accordéon. Elle fait rêver les trois promeneurs. A coup sûr, elle vaut très cher ; elle est aménagé avec luxe ; l’existence paraît s’y écouler en bonheur et en fêtes. Elle fait rêver et l’on y rêve. Le rêve est le sujet de ce qu’on y fredonne.

Ferme tes jolis yeux, car les heures sont brèves…

Au pays merveilleux, au doux pays du rê-ê-ve,

Ferme tes jolis yeux, car la vie n’est qu’un songe…

L’amour n’est qu’un menson-on-on-ge…

Ferme tes jolis yeuuuuuuux !

Le noir qui tombe ici en même temps que les paupières se ferment n’est pas la nuit parcourue par Bardamu. Ce que ces yeux clos ne peuvent plus voir, c’est justement cette nuit-ci, la Nuit de la détresse et de la vie à mener malgré tout. En Amérique, dans les tramways, Bardamu rencontrait des gens qui « fermaient leurs yeux sur le jour (34) » ; les heureux habitants de la péniche ferment les leurs sur la nuit. Fermer les yeux à la vie parce qu’après tout elle n’est qu’un songe demande peut-être déjà l’aisance et le détachement qu’elle procure : pour Bardamu et ceux qu’ils côtoient, le malheur est plutôt que la vie soit bien réelle, trop réelle, qu’elle s’empare de vous et vous entraîne dans sa noirceur en ménageant rarement le repos et la douceur d’un retrait. La nuit, dit Lévinas, nous dépouille d’un pouvoir d’existence privée et la guerre qui mobilise les êtres lutte contre nos retraits intérieurs (35). La misère, c’est de ne pas pouvoir s’arrêter. La vie n’est qu’un rêve seulement si l’on ne voit pas qu’elle est la Nuit. Le patron de la péniche immobile a en effet « tout ce qu’il faut pour être heureux », de beaux cheveux et de belles rentes, et « de l’accordéon par là-dessus, des amis, des rêveries sur le bateau, sur les eaux rares et qui tournent en rond, bien heureux à ne partir jamais (36) » — bien heureux à ne pas embarquer pour le long voyage au bout de la nuit. Il aimait les bateaux. « Mais sa femme avait peur de la mer, alors ils s’étaient bien amarrés là, pour ainsi dire sur les cailloux. » Les maisons de la misère devenaient bateaux mal assurés contre l’océan de la nuit ; chez les riches, c’est le bateau qui acquiert la sûreté d’une maison.

Et même si la péniche navigue, son domaine est le fleuve, non la mer. Le fleuve ne met aucunement l’orientation en péril, on ne s’y perd pas comme dans le désert du grand large ; il suffit de s’y laisser guider au fil de l’eau, entre les berges qui nous guident et nous protègent. Le fleuve draine la vie tranquille, comme celle de ces « bonnes gens bien aimables », Flamands du Nord qui embarquent sur leur péniche Ferdinand et Courtial des Pereires entre Pontoise et Paris (37). Le voyage est serein, à bord on joue tout le temps de l’accordéon, on boit tant de café qu’on ne peut plus dormir, comme s’il n’y avait pas de nuit et que ces trois jours de navigation étaient un beau songe diurne, hors du train d’enfer que la nuit impose. Mais si l’on ne traverse pas la mer, quel péril encourt-on, et quelle nuit ? Ce qui est dur, c’est la mer. Ce dont on a peur, c’est la mer. Sur la plage de Dieppe Ferdinand est chahuté par les vagues. « Tout autour alors on explique… Que la mer est trop forte pour moi ! Très bien ! Ça va ! J’en demandais jamais tant !… (38) » Les péniches ne résisteraient pas à l’épreuve de la mer s’il leur fallait quitter l’eau douce ; déjà le contact du quai est sur le point de les briser. Elles ont l’air « si sensible, fragile comme du verre contre les murailles… Elles osent aborder nulle part (39) ». Ferdinand apprend aux petits enfants de la péniche à faire des bateaux en papier, « ils en avaient jamais vu ». Il est vrai qu’on n’est pas spectateur du lieu où l’on vit. Mais cette ignorance veut dire autre chose, une indifférence à la mer et aux bateaux. La péniche n’est pas un univers de navigation véritable : maison flottante où nul n’a jamais su ce que c’est qu’un navire. On n’y connaît pas la mer, ni la nuit. Elle est le domaine du délassement, de la rêverie, de la musique.

Les péniches sont des navires à musique (« il y avait à quai de hauts navires à musique », dit un beau verset de Saint-John Perse ; mais les péniches sont basses). Toujours on y joue de l’accordéon. L’insouciance et la gaieté règnent à leur bord. Elles sont hors la nuit. Leur rencontre est une station sereine dans le voyage au fond du réel noir, court moment de rêverie mélancolique où un chant qui s’élève ravive les couleurs du monde et du souvenir. Les soirs d’été (« quand le ciel, en rose, tournait au sentiment »), Bardamu s’en va les approcher au bord de la Seine. « C’est là sur le pont qu’on venait pour écouter l’accordéon, celui des péniches, pendant qu’elles attendent devant la porte, que la nuit finisse pour passer au fleuve. Surtout celles qui descendent de Belgique sont musicales, elles portent de la couleur partout, du vert et du jaune, et à sécher des linges plein les ficelles et encore des combinaisons framboises que le vent gonfle en sautant dedans par bouffées (40). » Les péniches appartiennent aux canaux, aux fleuves qui ne sont pas la mer de la nuit. Le fleuve est diurne ; on le rejoint avec le jour. Et ces navires d’eau douce portent des couleurs sur lesquelles la vie sordide ne sait pas accomplir son œuvre de ternissement. « Pour se défendre contre la vie faudrait des digues dix fois plus hautes qu’au Panama et de petites écluses invisibles (41). » Péniches flamandes, péniches de Belgique, peut-être viennent-elles aussi de ces régions hollandaises où l’on a contenu la mer derrière de hautes digues ; pays de canaux tranquilles où de braves navires cossus passent lentement. La péniche, par son architecture, par son étrave aux antipodes de la finesse, s’apparente au gros bateau rond hollandais dont Michelet disait qu’il est une maison, une arche de Noé qui doit contenir toute une famille, hommes, femmes, enfants, animaux (42).

Il n’y a pas seulement la différence de la mer et du fleuve, mais celle aussi du voyage nauséeux et de la croisière. La croisière transforme la mer en fleuve tranquille. Si le réel est la nuit, cette navigation-là est le privilège de ceux qui ont les moyens de la rêverie. « La réalité vous échappe !… » dit Paulhan à Céline peu pressé de faire l’interview qui le relancera dans le grand marché littéraire. Lequel Céline a beau jeu de répliquer que « ce qu’était réel, question Paulhan, c’est qu’il repartait en croisière… encore !… encore !… (43) » La croisière n’est pas la navigation nauséeuse dans la nuit, mais une navigation somnolente (et la péniche, c’est le navire qui dort). Alliées à la télévision, au cinéma, à la presse du cœur, les Croisières Lololulu font grand tort au succès des livres lyriques. « Y a que les « crève-la-faim » qui sont réveillés, les autres dorment… tous les gens sûrs du lendemain dorment… on les voit partout, en auto, au bureau, à la campagne, en ville, dans le monde, en croisière… ils se font balader beaucoup… (44) » La nuit n’existe pas pour ceux qui dorment ; leurs yeux fermés ne la voient pas. Ceux qui ne peuvent pas sommeiller, qui ne peuvent pas s’arrêter, sont forcés d’aller à travers elle, éveillés malgré eux. Mais c’est parce qu’ils ne dorment pas que seuls les démunis, les crève-la-faim voués à la nuit possèdent la vraie puissance de rêver et en mesurent le prix. Les rêves des ensommeillés s’opposent aux rêveries des voyageurs de nuit. Pour Bardamu, pour Ferdinand, le spectacle des navires entretient le songe éveillé. Aussi bien est-ce justement un spectacle. Si les petits enfants de la péniche ne savent pas faire les bateaux en papier, c’est qu’ils n’ont nul besoin de rêver aux bateaux puisqu’ils vivent déjà à bord d’un bateau ; et peut-être les navires exaltent-ils encore plus l’imagination quand on n’en a que peu d’expérience. Les péniches sont toujours des bateaux que l’on regarde ; on va les voir. « Je me suis promené au moins huit jours le long du canal Saint-Martin pour regarder toutes les péniches… (45) » Parce qu’elles sont étrangères à la nuit, les péniches sont fascinantes et procurent un moment de rêverie. Elles montrent que tous les bateaux ne sont pas des rafiots, qu’être à bord d’un navire n’est pas forcément naviguer dans la nuit. Un rêve marin est possible.

Le spectacle des navires sera la ressource du songe, mais qu’il le reste : les heureux du monde pour qui la navigation n’est plus un beau rêve ni un spectacle sont déjà passés du côté du sommeil. Le canotage de plaisance semble une griserie dangereuse ; l’oncle Arthur qui s’y livre et veut fonder un club des Frères de la Voile a l’air étranger à l’atmosphère insoutenable de la nuit, mais chez Ferdinand l’on se méfie d’une gaieté qui pourrait être contagieuse. « Il avait un nouveau canot avec une vraie voile Arthur… et même un petit foc au bout… Il louvoyait en chantant « Sole Mio ». Il faisait beaucoup d’écho dans les Sablières avec sa jolie chanson. Il était ravi… C’était plus tenable pour papa… Ça pouvait pas continuer… Bien avant l’apéritif, on a filé comme des péteux… On nous a pas vus repartir… On y est jamais retourné le voir… C’était plus possible sa fréquentation… Il nous débauchait… (46) » Chez Céline, ceux qui ont le goût de rêver aux bateaux paraissent jouir d’une réserve d’insouciance devant quoi l’oppression de la nuit reflue. C’est l’oncle Arthur, qui dessine aussi des yachts en pleine écume, c’est l’oncle Edouard, figure providentielle de sérénité dans Mort à crédit, qui vit parfois de la vente de ses aquarelles et surtout de sa grande collection de « Bateaux à voiles (47) ». Mais les images et les spectacles sont préférées à la navigation réelle, parce qu’eux seuls entretiennent le rêve réel qui allège la vie dans la nuit. Même le père de Ferdinand, qui ne se console pas de n’avoir pu faire carrière dans la Marine (« ça l’avait bien aigri, comme rêve »), échappe à ses désespoirs multiples dans les moments où il enfile une casquette de marin et, contemplant le ciel comme un commandant de bord qui fait le point au sextant, provoque l’émerveillement de son fils : « C’était sa dunette. Je le savais moi. Il commandait l’Atlantique (48). » Ferdinand oublie la nuit au musée de la Marine. « J’y allais très régulièrement. J’ai passé là des semaines entières… Je connaissais tous les modèles… Je restais seul devant les vitrines… J’oubliais tous les malheurs, les places, les patrons, la tambouille… Je pensais plus qu’aux bateaux… Moi, les voiliers, même en modèles, ça me fait franchement déconner… J’aurais bien voulu être marin… Papa aussi autrefois… C’était mal tourné pour nous deux !… (49) » Et pourtant, marins, auraient-ils échappé à la nuit ? Chez Céline, les bateaux n’apparaissent jamais aussi beaux, aussi musicaux que lorsqu’ils sont juste une apparition, et peut-être vaut-il mieux que l’univers naval demeure une rêverie, un spectacle, une porte ouverte sur un dehors de la nuit. Il y a des bateaux qui viennent de si loin, de si nobles navires qu’il est sûr qu’on ne les verra jamais ; mais on garde le droit de les espérer (50). Rêves d’hommes condamnés à la terre, c’est-à-dire aux rafiots et à la mer chaotique ; il y a pour eux, dans leurs espoirs et leurs songes, une autre mer qui n’est pas cette terre, une mer où les voiliers sont beaux et le ciel diurne.

IV

C’est au port que l’on voit le mieux les bateaux ; spectacle où l’on se presse si l’on rêve un peu de ces beaux objets sans en avoir soi-même la jouissance. Et les navires à musique sont à quai. Ferdinand découvre sur les quais de Chatham, en Angleterre, une fête foraine onirique ; le port est rempli de musique, on l’entend déjà de la ville. « De loin, de plus bas, il venait des bouffées de musique… le vent devait porter… des ritournelles… On aurait dit d’un manège cassé dans la nuit… (51) » Il fait sombre et le brouillard altère de surcroît la vision ; la musique invisible ouvre ici à la rêverie une échappée hors de la nuit qui s’étend sur tout le visible. La nuit, c’est ce qui se voit, ce qui colle aux yeux. Le visible, pour Céline, se confond avec la nuit. La rêverie et la musique m’arrachent à mon lieu actuel, à ce qu’il y a devant mes yeux, à la nuit qui les emplit sans cesse parce que je n’ai pas le droit de les fermer. « La musique flotte de partout… On se croit en plein dedans… C’est une espèce de mirage… On est comme baignés dans les bruits… C’est un banjo… C’est un nègre sur le tapis à côté de moi, il pleurniche à ras du trottoir… il imite une locomotive… Il va écraser tous les gens. On s’amuse bien, on ne se voit plus !… » Dans la pénombre on se guide à l’oreille en cherchant la source des sons. « J’entends un véritable orchestre… Je cherche et je m’oriente… C’est tout près du débarcadère… » L’atmosphère de songe enivre Ferdinand et l’endort dans la nuit qui tombe. « Il fait noir là, peu à peu… Je vais roupiller… De là-bas, qu’elle vient la musique… C’est un manège… un Barbarie… De l’autre côté de la rivière… Ça c’est le vent… C’est le clapotis… » A ce port de la joie les marins qui accostent semblent jaillir d’un coup des ténèbres. Ils sortent du brouillard et débarquent au milieu des manèges et des orchestres. Cette fête qui les accueille est autre chose que la nuit d’où ils viennent. Même si l’obscurité s’est faite, la musique du port les délivre de la nuit du monde.

« Ça devenait une magie… Ça faisait tout un autre monde… » Le port éveille la rêverie, peut-être le délire. « La tempête ça donne du délire », dit Ferdinand saoulé d’air marin à Dieppe (52). A l’asile de Vigny-sur-Seine où Bardamu travaille à la fin du Voyage, les fous naviguent et semblent insidieusement embarquer à leur bord ceux qui les entourent : « une sorte de vertige m’entraînait alors comme s’ils m’avaient emmené loin de mon rivage habituel… je ne chavirais pas mais tout le temps, je me sentais en péril (53). » Cependant Bardamu n’a pas besoin d’eux pour céder lui-même à d’extravagants songes de mer. Ses délires navals sont une porte qui donne sur un dehors de la nuit. Un soir Bardamu emmène Tania, danseuse polonaise du Tarapout qui vient d’apprendre la mort de son fiancé à Berlin, oublier un peu le chagrin dans un café de Montmartre. Des heures passent, à n’en plus finir. « Nous venions d’arriver au bout du monde, c’était de plus en plus net (54). » Au bout du monde, cela veut peut-être dire : au bout de la nuit. Et là on ne peut pas aller plus loin, parce qu’après il n’y a plus que les morts. Alors les morts apparaissent à Bardamu. Et les morts attendent La Pérouse, La Pérouse, « celui des Iles ». C’est lui qui « les commandait tous, cette nuit-là, pour le rassemblement… » Misère, la mort elle-même n’est-elle pas une sortie de la nuit ? Sous les ordres du marin, les trépassés ont un dernier combat à mener avant de gagner un soleil. C’est l’épopée terrible des macchabées. « Ils se poursuivent, ils se défient et se chargent siècles contre siècles. Le Nord demeure alourdi longtemps par leur abominable mêlée. L’horizon se dégage en bleuâtre et le jour enfin monte par un grand trou qu’ils ont fait en crevant la nuit pour s’enfuir. » Enfin la nuit se termine. Le capitaine de la Boussole les en a délivrés. Et où vont-ils après ? Si l’on peut retrouver leur trace, c’est en Angleterre. L’Angleterre est un pays de voiles, une île comme un grand navire à voiles : « le brouillard est de ce côté-là tout le temps si dense, si compact que c’est comme des vraies voiles qui montent les unes devant les autres, depuis la Terre jusqu’au plus haut du ciel et pour toujours. » Au milieu de cette brume on a du mal à retrouver les morts mais ils sont là, cachés dans la nuée fantomatique, souffles déplacés par un vent, invisibles sous un crachin. Il y a dans l’Ile une grande femme. « La grande femme qui est là, qui garde l’Ile c’est la dernière. » Elle est géante et ses cheveux rouges font des dorures dans les nuages. Il n’y a plus qu’elle d’un peu vivante ici et elle est habituée à voir les fantômes du continent rejoindre son île. Elle se fait du thé au moyen d’un navire. « De la coque d’un bateau qu’elle se sert pour théière, le plus beau, le plus grand des bateaux, le dernier qu’elle a pu trouver dans Southampton. » Au bout de la nuit, l’Angleterre est un domaine de navires ; elle est un jour, elle est une blancheur car elle est brouillard, fantômes, voiles, falaises — c’est à la couleur de celles-ci qu’elle devait son nom d’Albion. Angleterre, le blanc royaume où l’on mène peut-être un corps sans ombre.

L’Angleterre, pays de marins, leur terre patrie, est un haut lieu de la géographie imaginaire de Céline ; or ce pays des bateaux demeure justement un rivage, une terre où sont aménagés des ports. Il est vrai que son prestige décroît sans doute avec la guerre ; Céline est alors médecin à bord du Chella et se flattera que son navire ait coulé un aviso anglais devant Gibraltar ; et cependant Guignol’s Band se déroulera à Londres où Ferdinand, réformé, échappe à la nuit de 14-18. Dans Mort à crédit on envoie Ferdinand à Chatham pour qu’il apprenne l’anglais ; déjà la famille avait voulu y passer quelques jours de vacances et la fin de la traversée, quand on aperçoit les falaises blanches, avait justement paru un mystérieux passage : « on a regardé l’Angleterre comme on débarque dans l’Au-delà (55). » Là-bas les bateaux sont légion. Amarrés à Chatham au port onirique ils sont visibles du Meanwell College dont le site est de toute beauté. Ferdinand, avec le petit Jonkind, reste tard à les contempler tandis que Nora Merrywin joue du piano en les attendant. « On discernait bien les navires, de cet endroit-là, les venues, les rencontres du port… C’était comme un vrai jeu magique…sur l’eau à remuer de tous les reflets… tous les hublots qui passent, qui reviennent, qui scintillent encore… » Féerie marine accompagnée de musique, spectacle nocturne où la lumière qui danse dans l’eau-miroir renverse en magie la misère de la nuit. Sur le cadran de la vieille horloge qui orne le couloir « une petite frégate minuscule » n’arrête pas de « danser les secondes (56) ». L’école concurrente, la « Hopeful Academy », nantie de ressources financières autrement plus grasses que le College, a fait installer un immense mât au milieu de la pelouse « avec grands pavois, tous les pavillons au Code, des vergues, les haubans, les drisses, tout un bazar, pour ceux qui voulaient apprendre la manœuvre et les gréements, se préparer au Borda… (57) » Ferdinand fabrique des miniatures, de grands voiliers en allumettes (58), et il invente des combats navals ; il distrait la classe, s’en va regarder à la fenêtre les brouillards et le mouvement du port. « On entendait toutes les sirènes, tous les appels des bateaux, dès l’aube c’était la rumeur… (59) » Les bruits du port montent vers le collège. « On aurait dit que le remorqueur il arrivait en plein jardin… On l’entendait souffler derrière la maison… Il revenait encore… Il repartait dans la vallée… (60) » Les sons peuplent la maison de navires fantômes ; l’Angleterre est le pays des navires et des spectres. Ferdinand devait là-bas apprendre l’anglais (et se refuse obstinément à en retenir un seul mot) ; Bardamu donne des cours d’anglais à la fille de Baryton, le patron de l’asile à Vigny-sur-Seine. Mais c’est le père qui se passionne pour la langue. Un rêve anglais s’empare de lui, un rêve de rivages. Il relit sans cesse, dans la grande Histoire de l’Angleterre de Macaulay, le passage où Monmouth le Prétendant débarque aux « rivages imprécis du Kent », mais là, hésite, ne sait plus très bien à quoi il prétend, pourquoi il est là, voit la défaite devant lui et la mer qui emporte ses derniers navires (61). Peu après Baryton s’embarque pour l’Angleterre, saisi par sa rêverie, sa méditation romanesque. Il veut achever là sa vie monotone, s’en aller de sa nuit à lui, aussi brutalement qu’il quitte le livre même du Voyage. « Ferdinand ! Hurrah ! Comme vous dites en anglais ! Mon passé ne m’est décidément plus rien ! Je vais renaître Ferdinand ! » Baryton abandonne son navire, son rafiot qui le traîne dans la nuit (« vogue donc la barque sans capitaine ! » dit Ferdinand quand il s’en va), pour une autre navigation, sur l’Ile où La Pérouse mène les morts de tous les siècles. Et il est vrai que Baryton a l’air de partir gaiement à sa mort dans la lumière. Il chevauchera une dernière fois la nuit avant d’atteindre la mer puis l’Angleterre blanche de brumes et de voiles. « Elle remuait là-bas dans la fumée, sa main, élancée dans le bruit, déjà sur la nuit, à travers les rails, toujours plus loin, blanche… » De même, Jean Voireuse parti « à la mer » où il n’avait jamais été on ne le revoit plus ensuite. Il était dans un sanatorium en Bretagne, apaisant la douleur de ses poumons gazés. « T’as pas idée comme c’est beau, qu’il m’écrivait… (62) » Bientôt il meurt, sur le rivage de cette mer magnifique. Il sort de la nuit en rejoignant l’océan mais cette échappée coïncide avec sa mort.

Les morts reviennent au cours d’un délire dans Mort à crédit (63). C’est au début, avant le récit de l’enfance ; Ferdinand a la fièvre. Paris est recouvert d’une mer, les immeubles et les monuments qui émergent sont des rivages, des récifs, des balises. « Par le travers de l’Etoile mon beau navire il taille dans l’ombre… chargé de toile jusqu’au trémat… Il pique droit sur l’Hôtel-Dieu… La ville entière tient sur le Pont, tranquille… Tous les morts je les reconnais… Le pilote je le tutoye… Il a compris le professeur… il joue en bas l’air qu’il nous faut… « Black Joe »… » Le beau navire est à musique. Mais il passe dans l’ombre, dans la nuit. Il est désorienté le beau navire, « mon bateau, il a perdu toutes les lumières sur la gare de Lyon ». Et sa traversée dans la nuit, Ferdinand l’appelle ici un voyage. « On est en voyage… » Ceux qui monteront à bord de ce bateau embarqueront pour un voyage. « Demain j’irai le tuer Monsieur Bizonde qui nous fait vivre… le bandagiste, dans sa boutique… Je veux qu’il voyage… Il ne sort jamais… Mon navire souffre et il malmène au-dessus du Parc Monceau… Il est plus lent que l’autre nuit… Il va buter dans les statues… Voici deux fantômes qui descendent à la Comédie-Française… Trois vagues énormes emportent les arcades Rivoli. » Cette navigation des morts est un voyage dans la nuit et l’on n’aperçoit pas encore le jour blanc de l’Angleterre. Mais la grâce du bateau et des manœuvres sont déjà un rayon de jour dans cette ombre. Le beau navire de Fernand « y a pas plus gracieux que lui sous voiles… » Céline parle souvent de la splendeur des navires, surtout des voiliers : cette beauté-là n’a pas été chassée de ses romans et il admire sans retenue les yachts élégants. Même dans la nuit le voilier demeure la majesté. Même dans la bourrasque il reste noble si l’équipage est habile et son passage dans l’écume est alors un spectacle plus sublime que par beau temps. Penser la vie comme une navigation, c’est lui donner la grâce même dans la tourmente ou l’horreur et Céline n’a pas voulu faire autre chose. C’est la vouer à la nuit et à la grâce dans la nuit même. Mais cette grâce est comme un jour, elle l’indique, elle en donne l’espoir. Si une grâce est possible, un jour l’est aussi et bientôt surgira le « quai du Matin » et toute une flottille ultime de défunts qui met le cap sur lui : « Alors j’ai bien vu revenir les mille et mille petits canots au-dessus de la rive gauche… Ils avaient chacun dedans un petit mort ratatiné dessous sa voile… et son histoire… » Le jour est au bout de la mer, la fin du monde est un jour. La rêverie est un trait de lumière qui tombant sur la voile en découvre la splendeur au milieu des ténèbres. Elle anticipe le matin de l’eschatologie navale ; en elle nous mourons déjà à la nuit puisque ce jour se lève à notre mort. Et l’apocalypse blanche n’est pas l’objet d’une croyance, mais d’une rêverie encouragée par la fièvre, la boisson, l’heure tardive, un commencement de folie.

V

Son histoire : le petit navire mortuaire recueille le destin d’un homme. Il fait voguer une mémoire, un peu comme chez Apollinaire : Mon beau navire ô ma mémoire… Cette fièvre nautique, c’est cela qui enclenche tout le long récit de l’enfance dans Mort à crédit : le beau navire nous fait embarquer pour une mémoire. L’eschatologie est liée à la résurrection du souvenir. Rêverie, évasion, musique, tous ces instants où de merveilleux bateaux suspendent la nuit sont rarement dissociables d’une mémoire, peut-être d’une forme de réminiscence. Qui sait si le rêve où nous plonge un moment de grâce ménagé dans le monde ne masque pas un souvenir qui ne se laisse pas reconnaître pour tel ? Nous croyons rêver et nous nous souvenons. Les quais magiques du port de Chatham, où la nuit se recouvre de tout un autre monde, transforment Ferdinand en être de souvenir. « Ça me semblait tout à coup qu’on ne me rattraperait plus jamais… que j’étais devenu un souvenir, un méconnaissable, que j’avais plus rien à craindre, que personne me retrouverait jamais… (64) » Un voyage dans la nuit est une course, une fuite, il faut toujours échapper à la folie ou à la compagnie acharnée des hommes, il faut échapper à la détresse matérielle, aux créanciers, à ceux qu’on a dupés, au petit chef qui guette vos distractions et vos rêveries, il faut même échapper au bonheur, s’il n’est pas excessif d’appeler ainsi la vie de Bardamu avec Molly qu’il veut pourtant quitter. Bardamu, Ferdinand, les autres, la nuit est à leurs trousses et les chasse toujours plus loin parce qu’à chaque fois elle les rattrape. La nuit est cette course même qui essouffle, — un peu comme chez Godard où il s’agit d’aller au bout de quelque chose, du souffle, certes, mais aussi de la nuit, au cours d’une « bal(l)ade », comme dit Deleuze, qui obéit à la logique de la rêverie bien plus qu’à celle de l’action sensée : « Oh, moi, de toute façon je voyage au bout de la nuit », dit Lemmy Caution dans Alphaville, et c’est là, au bout de la nuit, que Pierrot le fou, dont le vrai nom est Ferdinand, veut emmener Marianne (« tu m’avais dit qu’on irait jusqu’au bout — au bout de la nuit, oui »). Mais le terme où ils atteignent, c’est la mer, le grand jour ensoleillé de la mer à Porquerolles, rivage d’île où l’on s’arrête et se donne la mort, loin de la Seine et de la nuit où commençait le film. — La nuit qui essouffle se confond avec les forces qui vous empêchent de vous arrêter. Elle est une mélasse visible qui ne vous lâche pas et dont on n’espère se défaire qu’en courant devant soi, vers un jour encore inaccessible. N’être plus qu’un souvenir serait sortir de ce visible. Mon rêve, mon délire, mon souvenir décrochent mes yeux du noir ambiant, ils écartent d’eux le visible auquel je ne fais plus attention. Mais ce n’est que pour un temps et si j’ai pu oublier la nuit, elle m’entoure, me ramène en elle et il faut bien rouvrir les yeux sur cette obscurité. Devenir le souvenir même reviendrait à quitter la nuit pour toujours, pas seulement pour un instant de rêverie mélancolique, de suspension musicale. Mais quel souvenir ? Ce n’est pas ici une remémoration particulière, c’est plutôt une rêverie que l’on reconnaît comme un souvenir, sans pouvoir en même temps identifier à quel événement du passé il nous reporte, comme dans une réminiscence platonicienne où l’on se ressouvient de choses que l’on n’a jamais apprises.

Et en effet les navires paraissent surgir d’une vie antérieure, et c’est pourquoi leur rencontre éveille un ressouvenir. D’où vient à Bardamu l’étendue de son langage maritime ? d’où tient-il cette matière de rêves ? Les images recèlent chez lui une précision mystérieuse. Pour dire qu’une claque vigoureuse, joyeusement envoyée, « c’est beau comme une belle manœuvre à la voile sur une mer agitée », et qu’alors « toute la personne s’incline dans un vent nouveau (65) », il faut s’y connaître en bateaux et en manœuvres, il faut apprécier une dextérité singulière, avoir un goût qui est déjà celui d’un amateur. La métaphore suppose ici une mémoire. Mais quelle mémoire ? La richesse et l’acuité des images de bateaux ne peuvent surgir que d’un savoir antérieur au livre puisque celui-ci ne parle d’aucun apprentissage de la mer : les épisodes de l’Amiral et de l’Infanta ne sauraient passer pour une initiation à la beauté des voiliers, à la joie des manœuvres exécutées dans les embruns. L’immémorial du récit, le passé d’avant le livre est nautique et ces images sont les traces d’un monde antérieur où la mer a eu sa place. La parole du narrateur suggère une expérience de la navigation plus ancienne que le récit. Ses métaphores sont les indices d’un beau mystère, comme d’un âge d’or de navigation dont Bardamu aurait été chassé pour tomber dans le livre qui s’appelle Voyage au bout de la nuit, mais où il reviendra si un noble navire rêvé l’emporte au-delà de la nuit. Et certes, peut-être que l’enfance de Ferdinand, dans Mort à crédit, éclaire les songes nautiques de Bardamu adulte. La mer chez Ferdinand est une passion héréditaire. Son père Auguste qui était né au Havre et qui avait voulu être capitaine au long cours, qui portait des casquettes de marin et dessinait des trois-mâts par forte brise, prenait Ferdinand avec lui quand il livrait à Auteuil ; alors il lui expliquait les remorqueurs, les feux et les sifflements des convois, et tous deux ils faisaient des vœux pour la manœuvre des rafiots poussifs (66). Mais rien n’assure que l’enfance de Ferdinand doive se confondre avec celle de Bardamu. Ferdinand est initié à la mer et c’est pourquoi son rêve de navigation parisienne le ramène en son enfance, par une brusque association d’idées : « je pense à Auguste, il aimait aussi les bateaux… (67) » D’une enfance consacrée à l’admiration des bateaux, on ne trouvera trace dans le Voyage qu’au moment où une jeune fille montre à Bardamu son petit frère tué par les Allemands, « petit cadavre couché sur un matelas, habillé en costume marin (68) ». Ce petit frère assassiné, c’est comme la rencontre avec l’enfance navale immémoriale que le récit ne nous raconte pas. La guerre, qui est une nuit politique, le tue. La nuit pourchasse les rêves de mer par où l’on cherche à lui échapper. Bardamu sait qu’il doit protéger en lui l’enfant matelot qui n’a peut-être jamais vu la mer mais garde vive la ressource de rêver à une mer diurne. Pour Bardamu ou pour Ferdinand condamnés à une terre qui est une mer nocturne, ces songes ne délivrent pas une orientation, la nuit reste la nuit, le ciel où rien ne luit ; mais ils leur donnent la force de continuer le voyage et l’espoir qu’un jour les attend au bout de la nuit interminable. La rêverie sur le jour à venir n’indique pas un chemin sur l’océan de la nuit, l’apocalypse marine qu’on rêve encourage l’attente et dissuade résolument de mettre fin trop vite à ces jours qui sont des nuits, parce qu’il faut vivre pour rêver et que cette apocalypse et ce salut appartiennent déjà aux rêveries des vivants, et même ne sont accessibles qu’en elles ; en quoi le mot d’espoir est inadéquat ici, puisqu’une telle eschatologie s’accorde, bien plus qu’à l’attente, à la puissance de présence que recèle la rêverie.

Maël Renouard

Notes

(1) Michelet, La Mer, livre I, ch. 1.

(2) cf. Detienne et Vernant, Les Ruses de l’intelligence : la mètis des Grecs.

(3) Voyage, p. 123. Voyage, c’est le Voyage au bout de la nuit, Entretiens, les Entretiens avec le professeur Y, Féerie, Féerie pour une autre fois. Toutes les références sont données dans l’édition Folio/Gallimard. De Féerie on utilise l’édition la plus récente, celle de Henri Godard, qui inclut aussi Normance autrefois publié à part.

(4) Voyage, p. 263.

(5) Féerie, p. 250, puis 254.

(6) Féerie, p. 394.

(7) Féerie, p. 275.

(8) Voyage, p. 503.

(9) Voyage, p. 505.

(10) Michel Foucault, « Des espaces autres », dans Dits et écrits, IV, p. 762.

(11) Mort à crédit, p. 220, cf. aussi p. 60, 122, 124.

(12) Entretiens, p. 57.

(13) cf. Hans Blumenberg, Le Souci traverse le fleuve, trad. fr. L’Arche, p. 14-18.

(14) Voyage, p. 186.

(15) cf. Victor Bérard, Les Navigations d’Ulysse, III.

(16) Voyage, p. 481.

(17) Voyage, p. 58.

(18) Voyage, p. 115.

(19) Voyage, p. 182.

(20) Voyage, p. 327.

(21) Voyage, p. 358.

(22) Voyage, p. 85.

(23) Mort à crédit, p. 606.

(24) Mort à crédit, p. 165.

(25) Mort à crédit, p. 462.

(26) Mort à crédit, p. 474.

(27) Mort à crédit, p. 84.

(28) Voyage, p. 379.

(29) Mort à crédit, p. 122.

(30) Voyage, p. 473.

(31) Voyage, p. 356.

(32) Voyage, p. 362.

(33) Voyage, p. 400-403.

(34) Voyage, p. 232.

(35) cf. De l’existence à l’existant, Vrin, p. 100.

(36) Voyage, p. 403.

(37) Mort à crédit, p. 421-422.

(38) Mort à crédit, p. 127.

(39) Mort à crédit, p. 119.

(40) Voyage, p. 445.

(41) Mort à crédit, p. 32.

(42) cf Roland Barthes, Michelet, Seuil, p. 158.

(43) Entretiens, p. 14.

(44) Entretiens, p. 77.

(45) Mort à crédit, p. 319.

(46) Mort à crédit, p. 120.

(47) Mort à crédit, p. 62, 298.

(48) Mort à crédit, p. 53, 64.

(49) Mort à crédit, p. 311-312.

(50) Voyage, p. 349.

(51) Mort à crédit, p. 213-220.

(52) Mort à crédit, p. 122.

(53) Voyage, p. 427.

(54) Voyage, p. 364.

(55) Mort à crédit, p. 131.

(56) Mort à crédit, p. 228.

(57) Mort à crédit, p. 261.

(58) Mort à crédit, p. 246.

(59) Mort à crédit, p. 237.

(60) Mort à crédit, p. 234.

(61) Voyage, p. 437.

(62) Voyage, p. 110.

(63) Mort à crédit, p. 45.

(64) Mort à crédit, p. 218.

(65) Voyage, p. 470.

(66) Mort à crédit, p. 59.

(67) Mort à crédit, p. 47.

(68) Voyage, p. 39.

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