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A propos de Frédéric Gros et Louis Gautier

Juger Mars, les philosophes n’ont généralement rien de plus pressés. L’actualité rajeunie de la guerre leur en donne une fois de plus l’occasion. Peut-il y avoir des guerres justes, et même des situations où il est moralement obligatoire d’entrer en conflit [1], ou doit-on penser, avec Prévert, que quitte à se montrer héroïque, c’est-à-dire, après tout, exemplaire pour son prochain, autant le faire par le refus inconditionnel d’attenter à sa vie [2] ? Y a-t-il des manières de faire la guerre qui soient pour toujours condamnables et d’autres légitimes, ou faut-il admettre, avec le général Sherman pendant la guerre de Sécession, que « la guerre, c’est l’enfer » et qu’il y a de l’impudence à vouloir tuer en règle ? Telles sont les questions par lesquelles les philosophes font souvent comparaître la guerre devant le tribunal de la raison. Malgré leur qualité souvent remarquable, les nombreux essais écrits ces dernières années en ce sens [3] ont le défaut de mesurer une catégorie trop vite déshistoricisée de guerre aux scrupules d’une conscience trop imprudemment désincarnée, porteuse de principes et de valeurs a priori qui semblent mûris en dehors du monde où ils trouvent à s’appliquer. Mais la seule question que la philosophie a à poser à la guerre est-elle bien celle de sa légitimité ? N’est-il pas vrai qu’avant de juger la guerre, il serait bon de savoir ce que l’on juge, et donc d’abord de la définir ? Et c’est ici que les difficultés commencent. Clausewitz ne disait-il de la guerre qu’elle était un véritable caméléon [4], jamais tout à fait la même, jamais tout à fait une autre ? Voilà qui ressemble pourtant bien à une question dont la philosophie a depuis toujours fait son affaire : celle d’un concept de la guerre. La philosophie peut-elle jouer un rôle dans ce travail de définition de la guerre, ou doit-elle attendre que des travaux positifs aient rendu leur verdict pour commencer son travail normatif ? Ne devine-t-on pas assez vite que, sur un objet comme la guerre, les valeurs participent d’emblée à la description de ce qui est estimé (qu’on pense à la distinction entre des actes de guerre et de police, au problème du statut des actes terroristes et de leurs responsables, etc.), et que cette division du travail est biaisée ?

C’est l’intérêt de deux ouvrages récents de soutenir que la philosophie peut aider non pas seulement à juger mais aussi à comprendre notre présent. Ils pratiquent ce qu’on pourrait appeler une pensée située. Entendons par là qu’ils se demandent comment les guerres d’aujourd’hui transforment précisément les questions que nous pouvons nous poser, philosophiquement, à leur sujet. Ces deux livres sont celui de Frédéric Gros, Etats de violence, paru chez Gallimard, et celui de Louis Gautier, Face à la guerre, à la Table Ronde, tous deux servis, soit dit au passage, par une écriture admirable. Cette convergence d’attitude est d’autant plus remarquable que la rencontre semblait moins probable. Frédéric Gros est philosophe, l’auteur de plusieurs ouvrages justement célébrés sur Michel Foucault, et c’est dans l’esprit de ce que ce dernier appelait une « histoire du présent » que ce livre est écrit. Louis Gautier est certes universitaire, chercheur en sciences politiques et auteur de plusieurs ouvrages sur la politique militaire française, mais il est aussi un homme politique, ancien directeur adjoint du cabinet de Pierre Joxe à la défense puis conseiller de Lionel Jospin à Matignon pour les questions de défense, responsable des questions de défense au Parti Socialiste : à ce titre, il a été mêlé directement aux nombreuses crises récentes, du Golfe, du Kosovo et en Afghanistan, et c’est une thèse politique autant que théorique qu’il défend dans ce livre. Tout l’intérêt est que, pour nous faire comprendre la réalité de la guerre aujourd’hui, il ressente lui aussi le besoin de passer par la philosophie [5]. C’est donc en quelque sorte au milieu, au point de rencontre entre la méditation philosophique et l’urgence du combat, que ces livres se croisent et échangent leurs questions : y a-t-il une actualité philosophique de la guerre ? y a-t-il, dans le fracas et les fumées épaisses des conflits récents, quelque chose à penser ?

La guerre est finie ?

La lecture croisée de ces deux ouvrages s’impose d’autant plus que leurs thèses et leurs conclusions sont radicalement opposées. Cela apparaît dès les titres : Frédéric Gros sous-titre son ouvrage Essai sur la fin de la guerre, quand Louis Gautier intitule le sien, Face à la guerre. Le premier soutient que nous ne pouvons comprendre le nouveau discours des armes qu’à la condition de renoncer au concept même de guerre ; l’autre se propose au contraire de remettre le problème de la guerre au cœur du projet politique européen, qui tend trop facilement à le croire dépassé. Ecartons tout de suite un malentendu. Que la guerre soit finie ne veut pas dire pour F. Gros que la paix perpétuelle s’est enfin installée. C’est bien au contraire la distinction de la paix et de la guerre qui perd son sens. Il ne s’agit pas de promettre, pas plus que d’inquiéter d’ailleurs : nulle prophétie sur la fin de l’histoire et le dernier homme, nul catastrophisme plus ou moins éclairé. Il s’agit seulement de saisir au plus près ce qui arrive, dans un esprit qui fait de la philosophie un instrument de ce que Humboldt appelait une caractéristique, c’est-à-dire un travail pour caractériser une singularité par différence avec ce qui lui est comparable. Mais F. Gros, contrairement à d’illustres ancêtres (Clausewitz, Caillois, Bataille…) ne compare pas la guerre à d’autres catégories vaguement traitées comme des invariants anthropologiques (le jeu, l’art, la politique, etc.) ; il sait qu’il préjugerait alors de ce qui est en question, à savoir la pertinence de la catégorie même de guerre [6]. Il prétend saisir « l’identité de la guerre » (p. 8) à partir d’elle-même, c’est-à-dire au point où la variation interne de ses propres formes, autrement dit la continuité de son histoire, signale qu’on a à faire non à une nouvelle figure de la guerre, mais bien à quelque chose qui, tout en y ressemblant - des êtres humains collectivement organisés qui se battent avec des armes les uns contre les autres -, ne relève plus de la même catégorie pratique. On voit la difficulté de méthode : comment, sans préjuger de l’unité d’un concept ou fixer une essence au sens philosophique, décider que sous la continuité apparente d’un phénomène se cache en réalité un changement de nature ? La réponse est foucaldienne : on cherchera, dans la divergence soudaine de lignes qui jusqu’alors se tenaient parallèles, dans le dénouement en surface de ce qui longtemps se tint contigu, le symptôme d’une discontinuité ou d’une mutation historique. On ne définira pas la guerre par un concept ; on l’identifiera par l’ensemble des relations maintenues dans une certaine durée, et on éclairera ce qu’elle a été à partir de ce qu’elle n’est plus. Ces relations constituantes qui apparaissent au moment où elles se défont, ce sont celles qui lient l’éthique, le politique et le juridique : la guerre, dit F. Gros, « c’est un conflit armé entre groupes soutenu par une tension éthique, un objectif politique et un cadre juridique », et plus précisément, « c’est l’échange de mort donnant consistance à une unité politique et soutenu par une revendication de droit. » (p. 8). On reconnaîtrait ainsi que quelque chose s’est passé ces dernières années qui n’est pas seulement une expression inconnue de l’éternel visage de la guerre, mais bien une disparition de la chose elle-même, à ce que le fracas des armes n’est plus aussi étroitement solidaire de ces trois dimensions, qu’il semble pouvoir se déployer sur d’autres plans, avec d’autres attendus et d’autres apories.

Mieux : c’est bien dans ses rapports à la pensée qu’on reconnaît que quelque chose de la guerre est en train de disparaître. Car la méthode de Frédéric Gros consiste à saisir la guerre non pas seulement comme objet pour la pensée, mais comme matrice de la pensée. Non seulement parce que c’est toujours pour des raisons pensées et pensables qu’on a fait la guerre, mais surtout parce que la guerre est elle-même une figure de la pensée, rien de plus, au fond, mais rien de moins non plus. Une figure complexe, qu’on peut définir par la distribution des problèmes pratiques des hommes sur trois niveaux ou trois dimensions qu’elle contribue à la fois à constituer, à articuler, et à nourrir : la morale, la politique, le droit. La guerre n’est pas cet objet nu et sauvage qu’il faut questionner ; elle est la forme qu’ont pris pendant un temps fort long et sous des figures très diverses, les mouvements réflexifs par lesquels nous faisions entrer nos pratiques dans le domaine du pensable : manière dont la mort devenait le lieu d’une interrogation éthique, dont la violence se présentait comme intelligibilité énigmatique de l’histoire, dont la coercition se mettait paradoxalement au service d’un ordre institutionnel… C’est d’ailleurs parce qu’il traite la guerre comme une figure de la pensée, comme une manière dont l’homme a fait de lui-même un problème et s’est donné sa propre expérience comme objet à thématiser, que ce livre fait peu de place aux questions proprement stratégiques, aux problèmes pratiques les plus concrets de la guerre, à l’organisation des armées, etc. [7] ; il se concentre précisément sur les modalités par lesquelles les hommes se sont mis, avec et par la guerre, à penser moralement, penser politiquement, penser juridiquement, chacune de ces manières de penser les problèmes pratiques étant articulées aux deux autres.

L’intérêt de cette approche, philosophiquement, est d’emblée de nous faire comprendre que la guerre n’est pas l’échec de la politique, pas plus qu’elle n’est le temps abandonné au Mal, ou ce que viendrait interrompre le règlement juridique des conflits. Elle ne s’oppose ni à la morale, ni à la politique, ni au droit. Que la guerre soit non pas, comme le voulait H. Arendt, un échec de la politique, mais au contraire une dimension constitutive du fait politique comme tel, c’est ce dont les philosophes discutent depuis longtemps. Sinon que le livre de F. Gros a l’intérêt d’insister sur tous les aspects de cette thèse, et pas seulement sur l’idée, relativement confuse, traduite plus ou moins maladroitement de Clausewitz, selon laquelle elle serait la continuation de la politique avec ou par (mit) d’autres moyens. La politique ne précède pas nécessairement la guerre, car c’est à travers elle que se constitue cette morphologie bien singulière du pouvoir qu’est la puissance étatique : les Etats se construisent par la guerre, se maintiennent dans la guerre, se mesurent sous la guerre... Mais la guerre est aussi un fait juridique : il n’y a pas de sens à parler de droit à la guerre au sens où on l’entend souvent : la guerre est de droit ; sinon, il s’agit d’autre chose, d’un brigandage, d’une razzia, d’un crime organisé. Elle est de droit au moins au sens où, quoi qu’on pense de la légalité internationale du déclenchement d’un conflit, il faut que les autorités compétentes nationales prennent la décision de faire la guerre, et la prennent dans les formes. Mais on devine que ce sont là encore des terrains qui furent déjà largement balisés par la philosophie politique et la pensée juridique.

Les passages les plus beaux et les plus originaux de ce beau livre sont ceux de la première partie, où F. Gros montre que la guerre est le laboratoire où se sont mis en place, inventés, construits, dans les termes et avec les pièces variées des formes historiquement diverses de combat, certains modèles éthiques, certaines formes de problématisation de l’expérience morale, pour parler comme Foucault, qui ont pris une valeur générique et ont fait de la guerre la métaphore même de l’effort moral pris non pas du côté des valeurs à établir, mais du sujet qui doit s’y soutenir. La beauté de ces passages tient à l’effort proprement anthropologique de l’auteur qui fait apparaître sous la continuité apparente des formulations dans la longue durée, des configurations singulières beaucoup plus hétérogènes qu’on ne l’imagine. Il n’y a pas d’un côté l’esprit de sacrifice des temps passés, de l’autre notre époque hédoniste, mais des manières très diverses de faire du rapport à la menace de mort un foyer d’expérience éthique. A chaque forme particulière de guerre correspond un modèle éthique. Au duel chevaleresque, une éthique du nom, de la singularité, de ce qu’on se doit à soi-même, avec ce que cela suppose de socialisation immédiate du soi, d’aucuns diraient sans doute d’aliénation, ce soi le plus propre se présentant comme le nom d’une lignée ou celui qu’on écrira sur les pierres tombales et qu’on chantera dans les poèmes de cour. A la guerre des hoplites, une éthique de la position, où il s’agit d’être à la hauteur non plus de sa singularité que de sa place dans l’ensemble solidaire quoique indifférencié, non organique, de la phalange, où l’héroïsme de chacun est précisément de se vivre comme substituable et d’accepter de mourir à ce titre modeste. Aux guerres nationales une éthique de l’organicité, où l’on accepte de jouer le rôle d’organe différencié qui fait passer dans son propre corps les exigences de l’articulation propre à ce grand corps aux rouages subtils qu’est l’armée toute entière, que dis-je ? la Nation même. Et à chacun de ses modèles, des références philosophiques, littéraires, militaires, précises et riches. Soit, dans l’ordre et pour faire simple, Nietzsche, Socrate, Hegel…

On voit au demeurant pourquoi la guerre ne saurait être pour la philosophie seulement un objet de juridiction. C’est que la manière dont la philosophie a pensé le rapport des sujets aux idéaux a trouvé dans la guerre son principal foyer d’élaboration et de réinvention. Si donc il s’agissait d’imaginer autre chose, il faudrait le faire au prix d’une intense activité de recréation de nos catégories pratiques les mieux enracinées. Tels sont donc quelques uns des enjeux philosophiques que pose la guerre, et qui ne se réduisent pas à la question inlassablement répétée de sa validité. De fait, il ne s’agit pas pour F. Gros de soutenir une thèse sur la nécessité de la guerre pour la morale, pour la politique, pour le droit, mais au contraire de dire : sans la guerre, la morale, la politique, le droit ne seront plus les mêmes pour nous. Nous voilà donc invités à repenser, à la lumière rasante de ce crépuscule, ce que nous devons entendre par là désormais.

Cette bonne vieille guerre

Pourtant, on ne peut cacher une certaine déception. D’abord, le caractère très global de l’analyse fragilise la méthode : la Guerre, au sens où nous venons de l’exposer, s’étendrait de la Grèce homérique au premier conflit irakien. Il semble que, dans le fond, l’histoire n’ait connu que la Guerre, et que ce soit à nous qu’il revienne d’inventer, dans un vide d’exemple intégral, un Autre de la guerre. D’où le caractère relativement peu convaincant de la thèse qui voudrait établir la contingence de la catégorie dont il fait l’histoire, mais qui échoue à relativiser son objet et au contraire l’enracine dans une très longue durée dont on ne voit plus ni le commencement ni la fin. Foucault prenait soin d’encadrer la configuration historique dont il se proposait d’exposer la contingence et la facticité plus ou moins achevée, par l’exposition articulée de deux variantes au moins, encadrées en général par deux bords ou deux seuils, un bord inférieur, l’ « avant » toujours un peu mythique (souvent périodisé sous les traits de la Renaissance), et un bord supérieur, l’ « après » toujours légèrement prophétique, qui n’était autre que notre maintenant, avec, au milieu, deux constructions largement développées (recoupant plus ou moins l’Age Classique puis l’époque romantique). Ici, un seul bloc avec, certes, des variantes internes, mais guère de construction effective à travers laquelle on pourrait voir ce que voudrait dire, pour des hommes, vivre sans guerre.

Mais il y a plus embarrassant. C’est le caractère peu convaincant du diagnostic posé sur la « fin de la guerre », à travers l’analyse rapide de quelques aspects des conflits récents. Peut-on vraiment parler d’un dénouement des trois dimensions constitutives de l’identité de la guerre selon Frédéric Gros, et d’une redistribution des violences ailleurs, d’un repli selon d’autres axes ? Est-il vrai qu’on assiste à une « démoralisation », une « dépolitisation » et une « déjuridicisation » de l’usage de la force armée ? C’est ici que la lecture du livre de Louis Gautier s’avère précieuse. Car il s’agit précisément de montrer que ce discours sur la fin de la guerre est en grande partie une projection, par les Européens, des problématiques et de l’histoire de leur continent, à toute la planète, et qu’il ne correspond en rien à la réalité du monde : « Ce n’est pas parce que nous ne reconnaissons pas sous les traits des conflits actuels son effrayant visage du passé qu’elle a cessé d’exister [8]. » Dire que nous n’aurions plus qu’à gérer des violences, que tel est le nouveau paradigme de l’usage de la force, ce n’est pas tant décrire une réalité, qu’adhérer, sans peut-être s’en apercevoir tout à fait, à une option politique et stratégique particulière, qui appuie des choix tout à fait déterminés ; c’est en d’autres termes épouser une certaine idéologie au sens d’une description de la situation orientée par des intérêts pratiques plus ou moins bien compris [9]. Celle-ci consiste dans le fond à entériner une passivation du recours à la force armée, qu’on ne peut plus penser comme une décision politique, raisonnée, anticipée et même constructive au sens où elle ne se contenterait pas de vouloir faire cesser un désordre, de réagir à un accès de fièvre, mais contribuerait à bâtir un ordre et intègrerait l’éventualité du recours aux armes pour obtenir la réalisation de son projet. Passivation qui est sans doute le résultat de l’histoire traumatique des Européens, mais dans laquelle ils restent beaucoup plus isolés qu’ils ne l’imaginent et dont le résultat le plus clair est de les inféoder un peu plus, pour tout ce qui concerne leur sécurité, à leur allié américain.

Louis Gautier insiste en particulier pour réfuter la thèse d’une « dépolitilisation » de la guerre, au sens où les Etats n’auraient plus recours à la force pour asseoir leur puissance et où les violences ne seraient plus essentiellement insérées dans la grammaire de leurs rivalités. La logique de l’ingérence ou de « l’intervention », que Frédéric Gros considère comme caractéristique d’un tel mouvement [10], n’est-elle pas, comme le soutiennent unanimement les pays du Sud, une forme de guerre qui ne dit pas son nom ? La position de neutralité n’est-elle pas illusoire : quand on est intervenu au Kosovo, n’est-ce pas au nom d’un certain équilibre européen ? N’est-on pas obligé de sérier les menaces et les troubles ? Ne risque-t-on donc pas d’être forcément accusé d’hypocrisie ? Mais quand bien même ces questions ne se poseraient pas, on ne peut ignorer que les Etats-Unis eux-mêmes ont restauré sans complexe une logique de la puissance qui ne se cache pas derrière ces mots, que ce soit sous la formule de Clinton d’abord (« multilateralism when we can, unilateralism when we must ») ou sous celle de Bush ensuite (« unilateralism when we can, multilateralism when we must »). Certes, les grandes puissances ne semblent plus tentées de se faire la guerre entre elles (malgré les inconnues qui pèsent à moyen terme sur les rivalités entre les Etats-Unis et la Chine par exemple). Mais, outre que cela est avant tout un effet de la dissuasion nucléaire, « les Européens sont les seuls dans le club des puissants … à tenir comme faibles les contreparties attendues pour leur sécurité de l’usage de la force. Ni la Chine, ni la Russie, ni les Etats-Unis ne font pareille analyse [11] ». Car la dissuasion n’a jamais empêché la guerre, soit parce que les puissances rivalisent indirectement comme du temps de la Guerre Froide, soit parce que certains « petits » Etats sont prêts à défier les « gros », comme on le constate largement aujourd’hui. Que de tels conflits soient, comme on dit désormais, « asymétriques », n’empêche pas que ce soient des vraies guerres, et des guerres qu’il faut gagner, ce dont les Européens seuls sont notoirement incapables, comme ils s’en sont aperçus dès lors qu’il s’est agi de changer la donne en ex-Yougoslavie.

De plus, de nombreuses puissances moyennes se trouvent dans une situation de concurrence symétrique pour la domination régionale : ainsi l’Inde, le Pakistan et l’Iran. La guerre Iran-Irak avait déjà donné un avant goût de ce que pouvaient être de tels conflits échappant à toute grammaire globale, et qui sont loin d’être inoffensifs pour l’ordre mondial. Comment prétendre, de toutes manières, que le recours aux armes serait aujourd’hui décorrélé de la question de l’Etat quand on voit le grand nombre de conflits récents qui ont pour enjeu soit la création soit le contrôle du pouvoir d’Etat, dans les Balkans, par exemple, mais aussi entre Israël et la Palestine évidemment, au Proche-Orient kurde, etc. ? De même, la « guerre contre le terrorisme » passe pour le modèle de ce paroxysme nouveau de la violence armée qui ferait exploser les cadres classiques de la guerre. Mais on se laisse ici abuser par des mots. Le fait est que la guerre contre ou par le terrorisme passe par des Etats : soit parce que ceux-ci les soutiennent (jadis l’Afghanistan, le Soudan), soit au contraire parce qu’ils les subissent et sont l’enjeu de la bataille (l’Algérie, l’actuelle Irak [12]), soit au contraire parce qu’ils en profitent pour reconfigurer l’équilibre de la puissance au prétexte de les combattre (les Etats-Unis, à un moindre degré la Russie et la Chine). Il semble donc bien difficile, décidément, de parler de « dépolitisation » des armes.

De même, que les violences d’aujourd’hui se fassent sous la forme d’attentats-suicides, de mercenaires parasitant les populations civiles, ou d’armes de haute technologie qui évitent presque totalement le corps à corps, autrement dit dans un dissymétrie radicale de ceux que la mort présente face à face, cela veut-il dire qu’il y ait « démoralisation » de la guerre [13] ? D’abord on sera tenté de rappeler que de tels discours ont toujours existé. Et Napoléon de se plaindre à Koutouzov et au Tsar Alexandre que la Russie ne fasse pas la guerre « dans les règles », ou les Américains de s’effrayer des kamikazes japonais pendant la Deuxième Guerre Mondiale, sans parler de la légende du Spartiate Archimados s’écriant à la vue d’une arme de trait : « Par Hercule ! C’en est fait du courage. »… Et puis, on se demandera si de telles qualifications négatives ne valent pas toujours en référence à telle ou telle figure historiquement constituée de la guerre (le combat chevaleresque, l’armée nationale, etc.), dont F. Gros a pourtant bien montré le caractère limité et contingent. Enfin, cette manière de voir dans la guerre technologique un simulacre de guerre rappelle un peu trop les propos nostalgiques de Baudrillard, regrettant dans le fond ces bonnes vieilles guerres bien saignantes qui seules avaient quelque chose à dire, comme si la mort seule parlait le langage de l’idéal, comme si il était si difficile, pour les gens qui font profession de penser, de cesser d’héroïser le sacrifice [14]. A quoi Louis Gautier répond : « La guerre doit obéir aux seules lois de la nécessité et n’a que faire des surplus de bravoure [15] ». Après tout, le souci exclusif de l’efficacité est lui aussi une éthique... De plus, la recherche du « zéro mort » est dans la continuité de toute l’histoire militaire, qui recherche la supériorité et l’intervalle entre soi et l’ennemi. Enfin, ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas à la télévision qu’il faut oublier qu’il y a aussi des pilotes dans les avions… Mais ce qu’il faut rappeler surtout, c’est que ces formes de la violence radicalement asymétriques restent finalement marginales. Ne les surestime-t-on pas au regard des modalités classiques d’engagements, qui sont les plus nombreuses, hélas. L’expérience des conflits récents, au premier rang desquels la guerre d’Irak, montre que l’engagement armé n’a pas été périmé par la guerre de haute technologie, pas plus qu’il ne l’avait été par la menace nucléaire… La guerre, donc, même sous sa forme classique du combat, ne semble pas être sortie d’un coup de l’histoire.

Mais que faut-il conclure de ce constat rectifié ? Que rien n’a changé ? Pire, que rien ne peut changer et que la guerre est notre condition ? Faut-il se résoudre à y voir l’indiscutable vérité de toute politique ? Certainement pas. Ce qui est admirable et difficile dans la position soutenue par Louis Gautier, c’est précisément de défendre l’actualité de la guerre tout en refusant de la traiter comme un invariant anthropologique, une fatalité de l’espèce humaine, qu’elle soit liée à la structure jalouse de l’homme comme le pensait Rousseau, à la rationalité paradoxale de l’histoire comme le disait Hegel, ou à l’essence de la politique comme le soutenait Carl Schmidt. Au contraire, la guerre apparaît comme le règne éminent de la contingence, du hasard, de l’insensé, et c’est à ce titre même qu’elle est essentiellement évitable, au sens où rien ne destine l’humanité à la guerre. La victoire, même, ne prouve rien. Il y a dans ce livre un passage admirable où l’auteur nous met en garde contre toute tentation pour voir dans le choc militaire une ordalie, une épreuve de vérité, le moment lumineux où les masques tomberait et où la force rendrait son verdict - tentation contre laquelle il eut à lutter lorsque Tony Blair insistait pour engager des troupes au sol au Kosovo, malgré l’inutilité des risques, comme si la confrontation la plus directe était forcément la plus vraie [16]. Non, le combat ne révèle même pas que l’un était plus fort que l’autre. C’est comme au sport : la chance décide souvent à la place des volontés et des structures. Ce qu’il y a d’ailleurs peut-être de plus frappant dans la guerre, c’est qu’elle dramatise le hasard. On voudrait qu’elle prouve quelque chose quant aux valeurs profondes des hommes. Mais non, le sens que des vivants donne à leur existence ne brille pas d’un éclat plus souverain parce qu’ils montrent qu’ils le préfèrent à leur vie même, comme si, sans cette chose qu’on appellera « patrie », « liberté », « honneur », la vie n’aurait plus de sens... Vieux mythe idéaliste encore. S’il est une sagesse du vingtième siècle, c’est celle qui dès 14 répète qu’on peut très bien mourir pour rien, et que jamais les sacrifices que les hommes ont consenti à la guerre n’ont démontré la force de leurs idéaux au regard de leurs aspirations animales : ils sont allés à la guerre comme ils sont allés au travail ou au lit, par paresse, par obéissance, par habitude, par vantardise, par goût du risque, par amitié… En soi, vu de nulle part, il est toujours grotesque que des hommes en viennent à s’entretuer pour résoudre leurs conflits. D’autant plus grotesque encore que la guerre fait du meurtre un acte générique : il s’agit de tuer des gens qui ne vous ont rien fait à vous personnellement.

Mais ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de justification universelle de la guerre - moraliste ou réaliste, dans le fond, les deux procèdent de manière tout aussi « morale » et anhistorique finalement -, ce n’est pas parce que la guerre n’est le vecteur d’aucune Raison aussi fondamentale que paradoxale, qu’on ne peut pas avoir des raisons de la faire. Au contraire, précisément parce qu’elle est contingente, elle témoigne d’une efficacité possible de la raison dans l’histoire. Non pas bien sûr d’une raison qui surplombe l’histoire et décide a priori, dans l’éther de ses pensées pures et de ses valeurs universelles, ce qui est bon et ce qui est mauvais, ce qui a du sens et ce qui n’en a pas, mais d’une raison locale, décidée à se ménager une place au sein de ce qui lui échappe, vigilante aux occasions et agile dans ses calculs, prête à se transformer pour transformer la réalité, et sans cesse à réinventer dans ses formes comme dans ses contenus. Gautier est résolument du côté de ces grands rationalistes pratiques que sont Machiavel ou Clausewitz, qui n’ont pas besoin d’imaginer qu’il y a une raison interne à la politique pour entreprendre de la traiter rationnellement. Finalement, la guerre, c’est tout le contraire d’un contact salvateur ; c’est la décision froide de désarmer l’ennemi et de lui imposer par la force notre volonté, c’est-à-dire notre projet politique, décision qu’on prend avec la conscience de risquer le pire : « L’important est de serrer la guerre avec les lois de la raison et de la politique. Tant que la guerre peut être encore régie par un droit ou des conventions et la négociation, sa fin explicite restera la paix. De sorte que si terribles que soient toujours les effets de la guerre, elle restera proportionnée à la visée de paix. » (318). Tout ce qui n’est pas instrumentalisable dans la guerre, tout ce qui, par exemple, consiste à soumettre pour soumettre, humilier pour humilier, détruire pour détruire, tout cela, ne disons pas que ce n’est pas de la guerre, ce serait sans doute naïf, mais disons du moins que c’est son danger singulier. La guerre structure la violence extrême, celle qui intègre la mort dans son exercice. Elle l’empêche de se vouloir elle-même. Ce qui est caractéristique de la guerre à laquelle, selon Louis Gautier, nous devrions « faire face », c’est que la violence n’y apparaît pas comme échec, défaut, faillite, rupture d’ordre, mais bien au contraire comme quelque chose de rigoureusement pensé, d’envisagé, d’aussi intégré que possible à un projet de transformation collective d’une commune réalité. La guerre, c’est l’organisation de la violence, dans tous les sens du terme. Organisation au sens où on coordonne les violences, on les soumet à une discipline collective, avec un impératif d’efficacité. Organisation aussi au sens où on l’exerce selon une méthode, avec calcul et par étapes, où on l’anticipe. Organisation enfin au sens où on l’intègre organiquement à quelque chose qui n’est pas elle, où elle devient organe pour une totalité qui la dépasse et la met au service de ses fins. La guerre, c’est cette chose terrible qui veut que nous puissions envisager l’extrême violence comme un acte raisonnable. Et c’est à cette éventualité que nous, Européens, refusons aujourd’hui de faire face. Mais la conviction profonde de Louis Gautier est dans cette phrase : « Parlant de la peine de mort, Michel Foucault constatait : "La rationalité du supplice est plus abominable que le supplice", car il n’y a pas de divergence entre la rationalité et son exécution. L’inhumanité est entièrement dans la rationalité du supplice. Pour la guerre, on peut à l’inverse soutenir que la rationalité de la guerre est en soi une abomination, mais elle l’est moins que la guerre elle-même [17]. ». Si donc nous voulons être à la hauteur de notre présent, nous devons non pas renoncer au concept de guerre, mais au contraire nous efforcer de dégager la figure contemporaine de sa rationalité…

Il est vrai que Louis Gautier ne donne pas finalement de vision globale claire quant à la manière de qualifier cette actualité philosophique de la guerre. Mais du moins pouvons-nous déjà tirer des remarques précédentes une méthodologie. Puisque la guerre reste une des modalités d’exercice les plus caractéristiques du pouvoir d’Etat, il faut chercher à identifier et à interpréter ses transformations dans le cadre juridico-politique qui est naturellement le sien. De même qu’on a trop vite conclu à une mutation si radicale du paradigme de la politique qu’elle ne passerait plus du tout par l’Etat - ce qu’une certaine lecture de Foucault a durci en opposant la problématique de la « gouvernementalité » à celle de la « souveraineté » -, alors que ce sont les technologies juridico-politiques elles-mêmes qui ont changé [18], de même on risque de ne pas voir que les nouvelles formes de guerre, avec les brouillages caractéristiques qu’elles semblent induire entre guerre et paix, extérieur et intérieur, ennemi et délinquant, sont non pas des dépassements de la politique, mais bien des transformations du pouvoir d’Etat, qui lui permettent de modifier et de multiplier les formes et les lieux de son intervention coercitive. Autrement dit, ce qu’il y a de nouveau dans la guerre, dans ce qui s’appelle la guerre, il faut le chercher dans la réécriture du droit qui l’encadre.

Peut-on caractériser plus précisément ces transformations ? Ce serait là, assurément, l’objet d’un autre livre, qui concilierait l’exigence proprement conceptuelle de celui de Frédéric Gros et la rigueur descriptive de celui de Louis Gautier. On veut ici surtout l’appeler de nos vœux. On peut pourtant se risquer à lancer une piste pour conclure, en mêlant quelques indications que ces deux ouvrages nous fournissent. Car ce qui semble finalement caractéristique des changements de problématique dans l’usage de la force armée, c’est sa plus grande individualisation. Que doit-on entendre par là ? D’abord que, du côté des « victimes » potentielles de la guerre, on accepte moins la logique de la sanction collective, comme si la population faisait partie du grand corps vital d’un Etat : d’où le souci de distinguer civils et militaires, hommes et matériels, etc. Ensuite - et corrélativement - que, du côté des « coupables », on tend de plus en plus à traduire en justice et à rendre directement comptable des actions qu’ils ont perpétrées au nom de leur Etat, les dirigeants et les exécutants des ordres publics. Dans tous les cas, le droit international semble prendre en charge directement non plus des Etats, mais des individus. Cela se voit tout particulièrement à travers la création de la qualification de « crime contre l’humanité » : car, comme l’a rappelé Marcela Iacub, il s’agit à travers lui de punir un agent de l’Etat pour un crime commis sur un ressortissant de son propre pays, et non pas, comme dans le crime de guerre, sur le ressortissant d’une autre entité politique [19]. Il s’agit là d’une transformation radicale dans la logique de l’exercice du pouvoir souverain : car désormais entre un Etat et les actes commis en son nom, il y a le droit international ; entre un ordre donné par un détenteur légal de l’autorité et la légalité même de ce qu’il ordonne, il y a les autres puissances. Cela ne veut pas dire, bien sûr, qu’on dessaisisse les Etats de leur pouvoir pour les confier à une police mondiale : cela veut dire que le droit international ne se réduit plus seulement à la logique des conventions et des traités, et qu’inversement, dans les relations politiques entre Etats, peuvent entrer d’autres considérations légales que celles des actions qui visent l’un ou l’autre, des considérations qui concernent le rapport de chacun avec sa propre population. On peut donc penser autrement que dans l’alternative entre un utopique Etat mondial et un ordre metternichien des puissances souveraines. Notre temps s’est rendu capable de penser un droit positif qui ne se confonde pas avec un appareil d’Etat. Tout se passe donc comme si entre le droit et l’Etat, il y avait les autres Etats. Si une raison semble de plus en plus incapable de rendre une guerre pensable, c’est bien la pure raison d’Etat. L’idée que pour faire vivre une instance capable de projet collectif, on doive lui sacrifier des vies, quel que soit finalement l’usage qu’elle fera de ce pouvoir, cette idée là ne passe plus. Avec elle, c’est toute une économie politique du sacrifice qui s’est effondrée, sur nos continents du moins. Encore une fois, cela n’empêche pas qu’il faille penser la guerre ; mais cela nous oblige à la penser autrement…

Conclusion

Ces remarques ne nous incitent, a priori, ni à nous réjouir, ni à nous inquiéter. Il ne s’agit pas de savoir si nous approuvons ou réprouvons les temps que nous vivons, mais où sont les prises qu’ils nous laissent, les pointes tremblantes sur lesquelles l’histoire hésite et par où nous pouvons la faire basculer. Si les quelques suggestions qui précèdent vont dans la bonne direction, cela voudrait dire que l’actualité philosophique de la guerre, nous devrions la chercher dans la lecture des textes juridiques qui prolifèrent aujourd’hui autour d’elle. Nous devrions, aussi, tenter de la mettre en relation avec les transformations des modes d’exercice non militaires du pouvoir d’Etat, autrement dit avec le droit interne des pays occidentaux. Nous aurions là les linéaments d’une histoire de la souveraineté, et des instruments pour étudier la nouvelle morphologie de la puissance dans le siècle qui s’ouvre. Quelques uns, suivant le Kelsen de 1944, espéreront que cette généralisation de la « technique juridique », autonomisée de la pure logique politique, permettra d’aller vers la paix par le droit [20]. D’autres, plus nombreux sans doute, hausseront les épaules et, déjà sceptiques à l’égard du droit en général, se diront que face à la guerre, il doit sans doute s’agir d’une aimable plaisanterie [21]. Il ne nous appartient pas de trancher ici. Disons seulement que la force, quoi qu’il arrive, n’est jamais nue, qu’elle s’exerce toujours, même quand elle revendique l’inutilité de toute justification face à elle, comme une démonstration, et que la guerre, loin d’être un déchaînement de pulsions archaïques et incontrôlées, est ce qu’il y a de plus pensé dans l’extrême violence, de sorte que, quelle que soit la manière dont on l’envisage, elle doit se couler dans les cadres par lesquels chaque culture se donne à penser sa propre réalité. Et c’est sans doute cela que ces deux livres nous disent d’un même voix : que la guerre est une figure de la pensée. Et aussi ceci : que la philosophie, face aux événements spectaculaires par lesquels la guerre se donne à voir une fois de plus, n’est pas condamnée à tenir le discours du bien et du mal, mais peut contribuer à répondre à cette question très simple et très vitale que se posent aussi bien ceux à qui on ordonne de lâcher les bombes que ceux qui sont en dessous : « Mais enfin, que nous arrive-t-il donc ? ». Ce n’est pas le moindre mérite de ces deux livres que de s’efforcer d’y faire écho.

Notes

[1] Ainsi que le disait un appel lancé après le 11 septembre en faveur de la guerre, publié sous le titre « Lettre d’Amérique », cf. Aird, Atlas, et alii, « What we are fighting for », Institue for American Values, 2002 (cité in Nicolas Tavalione, Le dilemme du soldat, Guerre juste et prohibition du meurtre, Labor et fides, Genève, 2005, p. 12)

[2] « Je n’ai jamais tué personne : c’est peut-être pour cela que personne ne m’a jamais tué. - Si tout le monde avait fait comme vous ! - Eh oui, si tout le monde avait fait comme moi… »

[3] Pour des parutions récentes, citons le livre de Nicolas Tavaglione et celui de Monique Canto-Sperber, Le Bien, la guerre et la terreur, Plon, 2005, ainsi que la réédition récente du classique de Michael Walzer, Guerres justes, guerres injustes, « Folio-Essais », Gallimard, 2006.

[4] Clausewitz, De la guerre, Minuit, 1955, p. 69.

[5] Le livre est composé de trois mouvements : le premier, descriptif, sur l’état du monde d’aujourd’hui ; le second est anthropologico-philosophique et réfléchit les questions normatives et conceptuelles que pose le phénomène de la guerre ; le troisième est politique et prescriptif et argumente en faveur d’une défense européenne intégrée.

[6] Cf. à l’inverse Face à la guerre, p. 274.

[7] Il faut pourtant noter les remarquables passages sur les disciplines militaires et la mécanisation du corps du soldat traité, pour les besoins d’une guerre pensée comme pur objet théorique, comme des pantins articulés, juste bons à faire passer les mouvements précis qui permettent de faire entrer dans le réel des forces l’idéalité des plans stratégiques.

[8] Face à la guerre, p. 268.

[9] Cf. par exemple ce que Louis Gautier dit de la relativisation de la « puissance » dans l’exercice du pouvoir aujourd’hui : « Même si on adhère au schéma d’interprétation historique qui pronostique le déclin des formes brutes de la puissance et la rationalisation de son usage, il faut aussi constater que ce point de vue n’a pas de neutralité scientifique. La constatation sur la « modération » de la notion de puissance dans les rapports internationaux est ethnocentrée, de façon paradoxale, sur les craintes de l’Occident. En effet, l’énergétique de l’infrastructure géopolitique montre que les réserves de puissance se trouvent du côté du Tiers Monde. » (op. cit. p. 105).

[10] « Ni un unique Empire avec ses bords tumultueux, ni une pluralité d’Etat avec ses frontières en alerte, mais un monde global traversé par des états de violence, régulés par un système de sécurité et des interventions. » (Etats de violence, op. cit., p. 231)

[11] Face à la guerre, op. cit., p. 104.

[12] Plus généralement, on sait qu’à travers ses attentats Al-Qaeda s’adressait non pas tant à l’opinion publique internationale qu’à la « rue arabe » et cherchait avant tout à déstabiliser les gouvernements du Proche et du Moyen Orient, au premier rang desquels l’Arabie Saoudite.

[13] Cf. la conclusion, pp. 221-229.

[14] Baudrillard, « La guerre du Golfe n’a pas eu lieu. », Le pacte de lucidité ou l’intelligence du mal, Galilée, Paris, 2004.

[15] Op. cit., p. 250.

[16] « J’ai toujours été curieux de rencontrer, et parfois chez des gens ordinairement très opposés à l’usage de la force et peu enclins aux choses militaires, cette passion soudaine pour le feu de l’action. Leurs arguments laissent transparaître une conception puérile, irréelle, fantasmée des combats, comme si toute lutte était une ordalie. » (p. 252)

[17] Op. cit., p. 289.

[18] Voir notamment nos remarques sur l’histoire de la sexualité in Marcela Iacub et Patrice Maniglier, Antimanuel d’éducation sexuelle, Bréal, 2005, p. 287-290, et toute la deuxième partie du livre sur la pénalité sexuelle.

[19] Voir Marcela Iacub, « Crime contre l’humanité », in Monique Canto-Sperber (dir.), Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, PUF, 2004.

[20] Voir Peace through Law, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 1944.

[21] Voir par exemple M. Hardt et T. Negri, Empire, Exils, 2000.

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